Le Guide des égarés apparaît dans l’histoire des idées comme l’une des plus illustres œuvres philosophiques de tous les temps.
Maïmonide
(1135-1204) est resté une figure majeure du judaïsme rabbinique. Mais
sa connaissance de la philosophie fit de lui l’apôtre d’une religion
rationnelle, épurée des superstitions, qui vise essentiellement
l’instauration d’une société vraiment humaine.
Écrit pour des
intellectuels écartelés entre la tradition religieuse et la pensée
scientifique et philosophique de l’époque, Le Guide des égarés tente
surtout de mettre en accord l’enseignement de la Bible et de ses
commentaires, avec la philosophie d’Aristote. Reconnu très vite comme
une œuvre maîtresse, il influença de manière décisive la pensée juive,
chrétienne et musulmane.
De portée universelle, Le Guide ne
constitue pas moins une analyse approfondie du judaïsme, dans ses
aspects rituels comme dans le domaine de ses croyances. Il propose une
compréhension rationnelle de la Bible et du Talmud, dégagée de
l’autorité et des dogmes des institutions juives qui lui en tiennent
rigueur pendant des siècles.
Le Traité des huit chapitres opère la
synthèse de l’Éthique d’Aristote et de la morale juive traditionnelle ;
ce qui a pour conséquence inattendue de faire de lui le premier traité
de psychologie et de psychothérapie de l’histoire.
Extraits de presse
Information juive, novembre-décembre 1984
par Charles Mopsik
Une puissance de pensée inégalée
II est des hommes dont l’œuvre et la vie sont si intimement mêlées que
l’on peut imaginer l’une en connaissant l’autre. C’est sûrement le cas
de Moché ben Maïmon « le Séfarade » (dit Maïmonide), qui naquit en 1135
à Cordoue, dans l’Andalousie mauresque. Son père, qui y exerçait
l’activité de juge dans un tribunal rabbinique, lui donna le goût de la
rigueur et le sens du juste et naturellement Maïmonide devint l’auteur
tout d’abord d’un commentaire sur l’ensemble de la Michna, puis surtout
du premier grand ouvrage qui récapitule et codifie les règles de
l’existence juive discutées dans le Talmud. Mieux, dans la préface à
son Michné Torah (« La répétition de la Torah »), qu’il écrivit dans un
hébreu très pur, il déclare que son labeur vise la mise au net du texte
talmudique de telle façon que l’on puisse désormais avoir un accès
direct à la halakha – la loi effective –, en faisant l’économie d’un
recours au Talmud, le recueil de la tradition orale.
L’ambition
de Maïmonide pour son peuple est claire : pourvoir les communautés
juives dispersées d’une règle de vie unitaire qui les rassemble
par-delà leur éclatement, et qui, de plus, jette les bases d’une
dogmatique (au sens noble du terme) qui définisse précisément et sans
ambiguïté pour tous les juifs, les principes de leur foi et les détails
de leur comportement social, politique et religieux. D’une certaine
manière, on pourrait dire que Maïmonide a inventé la religion juive, en
fixant ses règles qui faisaient encore l’objet de débats incessant. À
ce titre, Maïmonide a été la conscience du peuple juif, soucieux plus
que tout autre de son unité et de sa pérennité – ce qui lui valut le
surnom de « second Moïse » ou encore « d’aigle de la synagogue ». Dans
les lettres qu’il adressa à des communautés qui s’étaient tournées vers
lui comme vers leur recours le plus sûr, on le voit s’engager
résolument pour apaiser les passions, éteindre les incendies de
mouvements messianiques, prendre position contre les exaltés du martyre
lors des épisode de conversion forcée à l’islam, et toujours redonner
l’espoir en termes simples et conciliants sans transiger sur les
principes et sans complaisance.
Bien vite, le centre de la vie
et de la pensée juive se déplaça de la Babylonie des derniers
exilarques (les Gaonim) dont l’autorité s’était imposée depuis le
sixième siècle, vers les places où Maïmonide élisait domicile. Après
son départ d’Espagne et un bref séjour à Fès au Maroc, motivé par les
agissements des nouveaux maîtres de la péninsule ibérique – la dynastie
fanatique et intolérante des Almohades – il s’établit à Fostat, près du
Caire, où il termina ses jours en 1204 – à moins que la légende qui le
dit être mort à Jérusalem ne soit vraie.
Le Réel
Mais
l’œuvre majeure de ses vieux jours se situe dans un autre domaine que
celui de la loi, car Maïmonide, outre son activité de médecin qu’il
exerçait avec passion pour subvenir à ses besoins et qui le fit entrer
dans l’histoire de la médecine comme l’un de ses grands noms (on peut
admirer son effigie sculptée sur la façade de l’École de médecine, rue
Jacob à Paris), était aussi et surtout peut-être, un philosophe d’une
envergure considérable. En lisant le fruit mûr de ses recherches en
cette matière, Le Guide des égarés qu’il écrivit en arabe, on se rend
compte à quel point Maïmonide mise sur le réel contre les tendances
idéalistes des philosophies musulmanes, comme celle du Calam (ou des
Moutacallimîn).
À partir de la pensée d’Aristote dont il se
montrera l’un des meilleurs interprètes médiévaux, il élabore une
théologie juive dont les ressources sont loin d’être épuisées
aujourd’hui encore. La Bible, les Aggadoth du Talmud et le Midrach sont
mis en valeur comme pensées spéculatives et il n’est pas de grands
problèmes métaphysiques, (l’existence de Dieu et la nature des anges,
la création du monde, la révélation, la prophétie) qui n’y soient
abordés de manière décisive. Mais si ce livre fondamental qui joua
d’ailleurs un rôle non négligeable dans le développement de la cabale,
s’achève par des considérations sur la signification et l’utilité des
commandements divins, auxquels Maïmonide refuse énergiquement de prêter
une nature arbitraire ou irrationnelle, c’est que le souci qui régit
sans cesse les mouvements de sa pensée n’est pas celui de l’acquisition
d’une sagesse qui permette à l’homme de connaître vraiment Dieu : « Un
tel homme, après avoir acquis cette connaissance, se conduira toujours
de manière à viser à la bienveillance, à l’équité et à la justice, en
imitant les actions de Dieu » (dernier chapitre du Guide).
La confrontation
Le caractère achevé et systématique de la pensée de Maïmonide n’a pas
d’équivalent au sein de la littérature juive de tous les siècles, ce
qui valut à celui qui disait : « Aime la vérité d’où qu’elle vienne »,
de nombreux adversaires qui lui reprochaient l’esprit philosophique qui
marquait trop sa pensée, à leurs yeux, d’emprunts étrangers au
judaïsme. La doctrine de Maïmonide suscita, de son vivant même, un
mouvement intellectuel au sein d’une jeunesse juive déjà pénétrée par
les sciences et les philosophies de la brillante civilisation musulmane
alors à son apogée. Dans ces circonstances, la confrontation entre les
nouvelles idées et la tradition juive devenait inévitable ; « les
égarés » à l’adresse desquels Maïmonide avait composé son Guide
n’étaient autres que les lettrés de la jeune génération, qui
demeuraient hésitants et perplexes face aux vérités démontrées par la
raison et face à celles éditées par la loi révélée. L’ouvrage de celui
qui allait faire office de maître à penser de cette génération,
prouvait qu’il était possible de rester attaché à la tradition des
pères tout en s’éclairant des lumières de la raison philosophique.
L’impact de cette audace se fit sentir jusqu’à la Haskala moderne, le
mouvement juif des « lumières », qui trouva en Maïmonide la réalisation
anticipée de ses espoirs et l’autorité rabbinique incontestée sur
laquelle s’appuyer pour s’affirmer face aux tenants de la pure
tradition. [...]
Il est vrai qu’un regard rétrospectif sur son
histoire fait apparaître qu’il a tout aussi bien joué comme un frein à
l’assimilation que comme un encouragement en sa faveur. Il a retenu des
générations au sein de la tradition d’Israël et il a permis (à son
corps défendant) à beaucoup d’intellectuels juifs de s’éloigner d’elle.
Spinoza qui était un grand lecteur du Guide est un exemple de ceux
qu’il n’a pas réussi à retenir et qu’il a plutôt aidés à partir. De
même plus tard Salomon Maïmon.
Mais ce qui fait son ambivalence
est aussi ce qui fait sa puissance inégalée comme source incessante de
la pensée. Seul un livre qui a été un monument du génie juif et un
moment de la conscience humaine eut pu avoir une telle influence.
Aujourd’hui encore beaucoup de ses questions nous interpellent et
beaucoup de ses réponses nous stimulent et nous encouragent. Tout
penseur issu de la tradition juive pense toujours pour ou contre lui,
mais jamais sans lui. Maïmonide a justement mérité d’être partie
intégrante de notre mémoire.
Information juive, novembre-décembre 1984
par le Grand rabbin René-Samuel Sirat
Des mérites reconnus
Rabbi Moché Ben Maïmon est considéré, à juste titre, comme l’une des
figures les plus éminentes qu’ait connues l’histoire de la pensée
juive, puisqu’aussi bien on a pu dire que, depuis Moïse, personne n’a
atteint le niveau spirituel et l’influence du Prince des prophètes,
jusqu’à cet autre Moché.
Sans doute sommes-nous légitimement
fiers de savoir que ses mérites ont été universellement reconnus, au
point que son effigie figure au frontispice de la Faculté de médecine
de Paris.
Mais connaissons-nous vraiment l’œuvre de ce savant
qui s’est illustré dans tous les domaines de la science de son époque :
l’astronomie, les mathématiques, la médecine et, bien entendu, la
philosophie ?
Son principal livre philosophique est le Moré
Nevoukhim, improprement désigné en français sous le titre de Guide des
égarés et qui est en réalité un « Guide pour les perplexes ». Qui est
ce perplexe, auquel s’adresse Maïmonide ? C’est celui qui réfléchit au
sens de l’existence, aux principes de l’éthique, à l’essence des choses
et qui se sent attiré par des courants d’idées, des systèmes de pensée,
étrangers au judaïsme.
Sans pour autant rejeter avec mépris les
contenus des idéologies à la mode, Maïmonide exige de son lecteur une
étude approfondie des sources traditionnelles pour pouvoir les intégrer
à une réponse cohérente aux problèmes existentiels fondamentaux.
Ce rationaliste déterminé montre, à l’évidence, que l’attrait que
peuvent exercer les modes intellectuelles de son temps n’a rien à
envier à celui que suscitent nos textes révélés, chez celui qui les
connaît. Au contraire, les réponses que propose le judaïsme de son
temps et de tous les temps ont de quoi satisfaire les esprits les plus
exigeants.
Je ne connais guère d’hommage plus émouvant à la
grandeur de la science de Maïmonide que celui du Rav Issachar Selomo
Taychtal, mort martyr après la déportation des juifs de Hongrie vers
Auschwitz et qui a écrit quelques mois avant de périr, ce magnifique
chant d’amour pour Israël et sa foi absolue dans la reconstruction de
l’État. Dans son livre La Mère est heureuse avec ses enfants, il
insiste sur le génie de Maïmonide qui a admirablement « su mettre en
évidence le caractère vrai et inaltérable de l’enseignement des
rabbins, interprètes authentiques de la parole de Dieu ».
Revue philosophique de Louvain, mai 1981
par André Reix
Maïmonide, comme plus tard saint Thomas d’Aquin, entreprend de
réconcilier la foi et la raison, en particulier dans la recherche de la
connaissance de Dieu, en utilisant la méthode de contradiction. D’après
certains historiens, cette entreprise semble avoir échoué. Charles
Mopsik a tenté d’exhumer cette œuvre majeure du musée où elle végétait,
en modernisant quelque peu la traduction de Salomon Munk : suppression
des notes abondantes et des commentaires de celui-ci, tout en
conservant les explications indispensables, transcription en caractères
latins des multiples expressions hébraïques, ajout de titres aux
différents chapitres, rectification de tournures de phrases datant du
siècle dernier, et surtout, à la suite du Guide, publication de la
traduction du Traité des huit chapitres qui constitue un important
complément, bien que resté longtemps introuvable, enfin un index
général, très utile pour retrouver les thèmes des deux œuvres. Cela
fait un gros volume que tout philosophe se doit d’étudier de près.
Incontestable figure du judaïsme rabbinique et, en même temps,
philosophe formé aux rigoureuses méthodes aristotéliciennes, Maïmonide
propose, dans la seconde moitié du XIIe siècle, une religion naturelle,
épurée des superstitions, en rationalisant l’étude de la Bible et du
Talmud qu’il dégage ainsi de l’autorité et des dogmes des institutions
juives, afin de combler l’écart entre la tradition religieuse et le
développement scientifique de son temps. C’est ainsi qu’il admet un
accord entre Aristote et les rabbins à propos de l’existence de Dieu et
du gouvernement des créatures, donnant de préférence raison au premier
au sujet du commencement et de l’éternité du monde. L’ange est un être
spirituel, un dieu, donc un intermédiaire entre Dieu et les hommes,
notion que nous retrouvons plus forte et plus vivante dans la
philosophie iranienne et, naturellement, dans la théologie catholique.
Ses explications de la loi divine et des prophéties, par exemple, sont
extrêmement curieuses et peuvent être, en toute rigueur, acceptées par
les exégètes modernes : sens allégorique de la prophétie, style
figuratif des prophètes dont parlera Pascal, Dieu comme cause directe
de tout, le mal comme privation du bien, etc. Nous retrouvons les mêmes
thèmes appuyés des mêmes concepts chez les grands scolastiques du XIIIe
siècle.
Le Traité des huit chapitres synthétise l’éthique
aristotélicienne et la morale juive traditionnelle. C’est en fait un
traité de psychologie et de psychothérapie. Maïmonide parle de l’âme
humaine et de ses facultés, des maladies de l’âme et de leur
traitement, de l’homme vertueux et du sage, enfin du naturel de l’homme
comme prédisposition, avec entière liberté.
Le but ultime de
Maïmonide est d’atteindre la vraie sagesse qui, dans un sens
personnaliste, est recherche de la perfection de l’homme à la fois
intellectuellement et moralement, c’est-à-dire par la connaissance des
vérités philosophiques et par le respect de la Loi. Une telle
perfection se rattache donc à l’essence de la personne puisqu’elle est
conforme à son âme et à la constitution de son corps, en nous
permettant de « concevoir des choses intelligibles qui puissent nous
donner des idées saines sur les idées métaphysiques », la fin dernière
étant pour l’homme de connaître Dieu et d’imiter ses actions.
L’instauration d’une société réellement humaine en dépend. Nous
découvrons du même coup l’originalité, la puissance et la modernité du
projet maïmonidéen. Les courtes préfaces de Claude Birman et de
Franklin Rausky sont à cet égard significatives.
Notre histoire n° 4, septembre 1984
par Christian Troubé
Le Guide des égarés au carrefour de la Méditerranée
À l’époque des croisades, un juif espagnol s’imposa à la Diaspora comme
un grand esprit de son temps. Moïse Maïmonide, théologien et savant,
tenta de concilier judaïsme, islam et philosophie grecque en rédigeant
le Guide des égarés. Une œuvre majeure du Moyen Âge.
Le monde
juif était inquiet. Au nord, en Europe, la chrétienté vivait dans la
frénésie de la première croisade. Au sud, au Maghreb, l’islam en
effervescence nourrissait des querelles intestines. Le royaume berbère
des Almohades – les « confesseurs de l’unité (divine) » – prenait le
pas sur le règne des Almoravides, jugés trop laxistes, en politique
comme en religion. En 1099, Jérusalem tombait aux mains des Francs. En
1147, le chef berbère Abd-al-Mumin prenait Tlemcen, Fès et Marrakech
avant d’établir son emprise sur l’Espagne musulmane.
Au nord
comme au sud, sous la croix et le croissant, les juifs vivaient les
mêmes angoisses, les mêmes brimades, les mêmes exils. Les temps
difficiles n’imposaient que trois attitudes : se convertir, émigrer ou
mourir. Dans toutes les communautés, le petit peuple questionnait ses
rabbins, ses savants et cherchait, au milieu de l’adversité, l’espoir
et le réconfort de la Loi. Nombreux étaient ceux qui s’interrogeaient :
le peuple juif avait-il toujours les faveurs de Dieu ? N’était-il pas
abandonné au profit des disciples de Mahomet ? Où était donc la vérité
d’Israël ?
C’est dans ce siècle troublé et dans ce contexte de
perplexité théologique et métaphysique que se répandirent les écrits et
la pensée d’un des plus grands sages du judaïsme : le Rambam, acronyme
de Rabbi Moshe ben Maïmon, appelé par les Arabes Abu Imran Musa ibn
Maymun, appelé encore Moïse Maïmonide. Deux de ses maîtres ouvrages
allaient, entre 1158 et 1190, et au-delà, influencer fortement le
judaïsme : la Mishne Torah, véritable code de jurisprudence de la vie
juive et le Guide des égarés, (ou « Guide des perplexes »), traité
théologique et philosophique, synthèse entre la tradition juive et
l’héritage intellectuel grec à travers les thèses d’Aristote. Copiée,
traduite, diffusée dans toute la Diaspora, discutée, controversée, la
pensée de Maïmonide rayonna sur le monde juif tout entier, de Babylone
à l’Espagne, de l’Europe à l’Égypte. Et traversa les siècles.
Évoquer l’histoire du Guide des égarés, c’est d’abord retracer
l’itinéraire et la vie de son auteur. Né à Cordoue en 1135, fils d’un
célèbre rabbin et descendant, dit-on, d’une illustre famille de
talmudistes, Moïse Maïmonide connut, avant de s’établir en Égypte vers
1168, l’errance sur les routes de l’exil, lot commun de beaucoup de ces
coreligionnaires. Mais c’est pourtant à Cordoue, au cœur de
l’Andalousie musulmane, pendant les années de jeunesse et d’études,
qu’il forgea les grandes lignes de la pensée qui devait, plus tard,
l’animer. Carrefour de l’islam, du judaïsme et des philosophies
grecques, Cordoue et l’Espagne brillèrent, sous les califes ommeyades,
de mille feux. Salomon ibn Gabirol (1020-1050), Bahya ibn Paquda (vers
1080), Judah Halévy (1085-1141), parmi les lettrés juifs, développèrent
la pensée théologique en la confrontant à l’héritage grec et aux
spéculations philosophiques de l’islam.
Un jeune homme avide de toutes les sciences
Le jeune Maïmonide eut, bien sûr, connaissance de ses illustres
prédécesseurs. De même, il fréquenta les savants arabes qui
l’initièrent à l’astronomie, à l’algèbre, à la mécanique, aux
mathématiques, tandis qu’il trouvait, auprès de son père, un
enseignement du judaïsme du plus haut niveau. Très tôt, il détermine un
système de travail auquel il restera fidèle toute sa vie : aller du
concret vers l’abstrait. Pour tendre vers la perfection, pense
Maïmonide, il faut d’abord passer par la logique, se diriger ensuite
vers les sciences exactes avant d’aborder philosophie et métaphysique.
À seize ans, il rédige donc une introduction à la logique, puis aborde
les mathématiques et l’astronomie. À vingt ans, disent de lui ses
contemporains, il semble posséder toutes les sciences et doctrines
philosophiques. Il place Aristote bien plus haut que tout autre mais,
déjà, affirme vouloir se consacrer avant tout à la recherche biblique,
à l’étude de la Torah, au commentaire de la Mishna et du Talmud. Dès
1158, Maïmonide met en chantier un commentaire de la Mishna, la base du
Talmud, la loi orale consignée par les rabbins entre le Ve siècle avant
J.-C. et le IIe siècle après J.-C. Il en dégagera six cent treize
commandements et treize articles de foi, un « credo » juif aujourd’hui
encore intégré dans le rituel.
Au plus profond des persécutions
Mais, dès cette époque, Moïse Maïmonide est sur les routes. Fuyant
l’Andalousie, il s’établit à Fès, puis gagne la Palestine – alors
royaume franc – avant de trouver refuge en Égypte dans le califat
fatimide, tolérant pour les juifs. Après dix ans de voyage.
À
trente-trois ans, Maïmonide, qui choisit de s’établir à Fostat, où
s’élève actuellement la vieille ville du Caire, compte déjà parmi les
plus hautes personnalités juives de la Diaspora. Et pourtant, son œuvre
majeure est encore à venir. Dans la suite de son Commentaire, publié
début 1168, et de ses Commandements rédigés peu après 1170, il
entreprend la rédaction de la Mishne Torah, ambitieux code en quatorze
livres, littéralement « Répétition de la Loi », qui doit permettre,
selon Maïmonide lui-même, « à chacun, et sans aide, de posséder la loi
juive (...) en un recueil complet de toutes les institutions, usages et
décrets, depuis Moïse jusqu’à la fin de la rédaction du Talmud... »
Œuvre de longue haleine ! Maïmonide passa dix ans à rédiger ce
vade-mecum de la foi juive. Recopié livre par livre par les scribes,
l’ouvrage se répandit dans toute la Diaspora méditerranéenne, de
Babylone au Midi de la France. Partout, il emporta l’adhésion des
savants, des étudiants, des rabbins, des fidèles et des juges. Depuis
le Talmud, disait-on dans les communautés, rien de pareil n’avait été
écrit.
Au peuple d’Israël, Maïmonide semblait avoir donné une
nouvelle constitution. De toutes les parties du monde, par messagers,
on le questionnait sur la Loi. On l’enjoignait également d’émettre des
avis sur des points essentiellement métaphysiques. Au plus profond des
persécutions, en terre d’islam, le peuple juif voulait se voir éclairé
sur l’entendement de Dieu et sur le sort du monde. Fallait-il voir,
dans ces temps troublés, les signes précurseurs de l’arrivée du Messie
? La question de la fin des temps posait aussi celle du début du monde
et de son essence...
Pas de croyance sans intelligence
Ainsi naquit, sans doute, le projet du Guide des égarés. Fréquemment
consulté, Maïmonide sentait, à travers les questions qui lui étaient
posées, ses coreligionnaires écartelés entre deux cultures : la
première, fermement ancrée, était la doctrine, la Loi ; la seconde,
source de perplexité, d’« égarement », était d’ordre philosophique.
Entre les deux, une représentation du monde ténue et inquiète.
Maïmonide imagina donc un livre qui établirait un pont entre religion
et philosophie, projet qu’il caressait depuis sa jeunesse. D’autres
avant lui s’y étaient hasardés, penseurs juifs ou arabes. Ainsi Ibn
Daoud, de Tolède, qui dans son ouvrage La Foi exaltée tenta le premier
d’adapter la philosophie d’Aristote au judaïsme. Comme Ibn Daoud,
Maïmonide vouait une grande vénération au philosophe grec, aussi
décida-t-il que sa nouvelle œuvre serait la confrontation de
l’aristotélisme et de la doctrine biblique autour de l’essence même de
Dieu.
En 1187, à 52 ans, Moshe ben Maïmon, dit Maïmonide, Nagid
(chef de la communauté) des juifs d’Égypte et médecin à la cour de
Saladin, commençait la rédaction, en langue arabe et écriture
hébraïque, du Dalalat al-Hayarin ou Guide des égarés, ouvrage qu’il
dédia à un de ses disciples, Juda ben Simon de Ceuta. Écrasé par ses
charges administratives et médicales, Maïmonide écrit lentement.
Lentement et prudemment. Livre ésotérique, le Guide transgresse la loi
qui veut que l’on n’expose les mystères bibliques que par sous-entendus
et à une seule personne. Maïmonide s’adresse ici à une petite élite, «
au-dessus, note-t-il, des intelligences vulgaires ». Il entend guider «
l’homme religieux chez lequel la vérité de notre Loi est établie dans
l’âme et devenue un objet de croyance, qui est parfait dans sa religion
et dans ses mœurs, qui a étudié les sciences des philosophes et en
connaît les divers sujets, et que la raison humaine a attiré et guidé
pour le faire entrer dans son domaine ».
Sans détours,
Maïmonide expose son propos : la métaphysique, longtemps dédaignée par
les juifs, est un chemin possible pour aller à la rencontre de Dieu,
mais elle s’adresse aux hommes avertis. Pour Maïmonide, pas de croyance
sans intelligence, pas d’intelligence sans raisonnement. Le Guide des
égarés inaugure dans le judaïsme une nouvelle ère : celle de la
philosophie sacrée.
En trois livres et cent quatre-vingt onze
chapitres, Maïmonide pose les principes d’une « théologie rationnelle
dans laquelle la pensée philosophique maintient tous ses droits »,
s’appuyant sur une érudition peu commune qui manie avec ampleur les
systèmes de pensée juif, arabe et grec. La première partie du Guide est
tout entière consacrée à des questions préliminaires. Maïmonide y
explique le sens d’un certain nombre de mots homonymes que le lecteur
peut rencontrer dans la Bible, en insistant sur leur sens métaphysique
lorsqu’ils sont appliqués au divin. De même des attributs que l’on
attache généralement à Dieu.
Controverses et traités médicaux
Dans le livre second, Maïmonide établit l’existence d’un Dieu unique,
échappant à l’espace et au temps ; celle d’êtres immatériels ou «
intelligences séparées » entre Dieu et l’univers ; celle de la création
d’un monde par la volonté de Dieu, de sa révélation et de l’inspiration
prophétique. Sur ce point de la création du monde, Maïmonide constate
les opinions divergentes de la religion et de la philosophie. Pour le
croyant, le monde sort du néant par la libre volonté de Dieu, et il y
eut commencement. Pour les philosophes, note Maïmonide, il a toujours
existé – de toute éternité et pour l’éternité – ce qui ne saurait
s’accorder avec l’existence de Dieu professée par la religion.
Maïmonide aborde ensuite le phénomène de la prophétie. Pour lui, c’est
l’état le plus haut pour l’homme, l’« intellect actif », l’épanchement
divin, thème qui se poursuit avec le début du troisième livre, avant
que l’auteur n’aborde l’origine du mal moral et physique : l’homme est
responsable et non Dieu, tranche Maïmonide.
Providence et libre
arbitre font l’objet des chapitres suivants. Là encore, Maïmonide
s’éloigne des philosophes : par son mérite ou son démérite, note-t-il,
l’homme appelle sur lui la faveur divine ou porte la peine de sa
désobéissance. En conclusion, Maïmonide reprend les termes de la Loi et
en divise tous les commandements en quatorze classes, commandements
qui, plus que des règles, sont là pour aider le cheminement de l’homme
dans une recherche toujours plus profonde de Dieu.
En 1190, le
Guide est achevé. Maïmonide, malade et fatigué, doit faire face à des
controverses et polémiques épuisantes autour de ses commentaires de la
Mishna qui se sont largement répandus depuis leur rédaction. Dans le
même temps, il lui faut rédiger des traités médicaux à l’usage de la
Cour, écrire des épîtres, recevoir les visiteurs. L’édition du Guide
des égarés est disponible dans sa version arabe. Déjà, les copistes
sont à l’œuvre. Dès l’année suivante, le livre est accueilli –
favorablement – au Caire et commence à se répandre dans la Diaspora. Un
temps, Maïmonide songe à en assurer la version hébraïque puis y
renonce. C’est Samuel Ibn Tibbon, fils d’un juif andalou immigré en
Provence, qui s’en chargera en 1202, sous le titre de More Nevouchim.
Mais Maïmonide ne verra pas l’œuvre achevée : il meurt le 13 décembre
1204 à Fostat, et « juifs et Arabes pleurèrent sa mort durant trois
jours ». Quinze jours plus tôt, Ibn Tibbon, la traduction achevée,
s’était embarqué en Provence en direction de l’Égypte.
Dans sa
version arabe ou dans sa version hébraïque, le maître livre de
Maïmonide connut un indéniable succès auprès des lettrés du monde juif
méditerranéen et même au-delà.
Un maître pour Thomas d’Aquin
A contrario, dans les communautés orthodoxes qui ne pouvaient admettre
pareil manuel de philosophie, on brûla le Guide, et l’œuvre de
Maïmonide fut au centre de violents débats. Dans les siècles qui
suivirent, le Guide des égarés continua d’alimenter les passions avant
d’être reconnu comme un chef-d’œuvre. Aux XIIIe et XIVe siècles, pour
certains rabbins, Maïmonide est hérétique, tandis que certains
philosophes juifs, comme Gersonide de Bagnols (1288-1334) ou Hisdaï
Crescas de Barcelone (1340-1410) tentent de discréditer les arguments
aristotélistes, et par là même Maïmonide.
Traduit en latin
(vers 1520 ?) par un médecin juif, Jacob Mantino, et publié à Paris,
puis par Jean Buxtrof le fils qui le publie à Bâle en 1629, le Guide
des égarés eut également un grand retentissement dans la chrétienté.
Mais bien avant cela, saint Albert le Grand et son élève saint Thomas
d’Aquin s’en inspirèrent. De même, maître Eckhart, Nicolas de Cues,
Leibniz et Spinoza.
Dans le monde juif, au fil des siècles, se répandit un proverbe : « De Moïse à Moïse, il n’y eut pas d’égal à Moïse. »
Le « Credo » de Maïmonide
1. Croyance en l’existence d’un Créateur et d’une Providence.
2. Croyance en son unité.
3. Croyance en son incorporéité.
4. Croyance en son éternité.
5. Croyance que Lui, et Lui seul, a droit à un culte.
6. Croyance en la parole des prophètes.
7. Croyance que Moïse est le plus grandes prophètes.
8. Croyance en la révélation de la Loi à Moïse sur le Sinaï.
9. Croyance en l’immuabilité de la Loi révélée.
10. Croyance que Dieu est omniscient.
11. Croyance en une rétribution, dans ce monde et dans l’autre.
12. Croyance en la venue du Messie.
13. Croyance en la résurrection des morts.
Revue générale, n° 8/9, 1980
Né en Cordoue en 1135, mort près du Caire en 1204, Maïmonide,
philosophe médecin et théologien juif, fut appelé « l’aigle de la
Synagogue ». Son Guide des égarés, écrit en arabe, vers 1190, a été
traduit dans toutes les langues et abondamment commenté parce que c’est
une œuvre majeure de la pensée juive. Soulevant le grand problème du
conflit entre la foi et la raison, cette somme magistrale montre
comment la tradition hébraïque peut être confrontée avec la philosophie
d’Aristote. Pour l’auteur, protecteur de l’orthodoxie hébraïque, il
s’agissait de mettre les élites juives en garde contre la séduction
d’une philosophie arabe et grecque.
Dans sa préface, Claude
Birman indique comment Maïmonide institue un dialogue entre mosaïsme et
philosophie. Le « décisionnaire » n’est ni simplement talmudiste, ni
purement aristotélicien. Il cherche le joint entre une Torah en devenir
et un humanisme épuré. Il veut donner un nouvel essor à l’homme
religieux, tout en expliquant les allégories et autres formes obscures
rencontrées dans les livres des prophètes. D’après l’auteur, la
prophétie est une faculté naturelle que chacun peut acquérir par la
perfection morale et mentale. Ceci rejoint les vues actuelles sur
l’aspect charismatique de la recherche religieuse.
Au Guide des
égarés les éditeurs ont ajouté le Traité des huit chapitres. Il s’agit,
nous dit le préfacier, Franklin Rausky, du tout premier traité
hébraïque et judaïque de psychologie : « Alors que les
antirationalistes juifs voyaient une opposition irréductible entre la
vision judaïque de l’homme et celle de la Grèce antique, Maïmonide
propose une vue anthropologique qui se veut à la fois l’héritière de
Jérusalem et celle d’Athènes. »
Pour Maïmonide, toutes les
actions de l’homme relèvent de lui-même, aucune nécessité ne pèse sur
lui à cet égard, aucune force étrangère ne l’oblige à tendre à une
vertu ou à un vice...
Un index général et une table détaillée
permettent au lecteur de relever des repères dans ce vaste monument de
la pensée juive. Maïmonide apparaît ici comme la plus grande figure du
judaïsme rabbinique, l’apôtre de cette religion rationnelle qui, depuis
quelque temps surtout, éveille la curiosité de tant de chercheurs.
L’Aurore, 15 septembre 1980
par Paul Giniewski
Le Guide des égarés
Le Guide des égarés, l’œuvre majeure de Maïmonide, a vu le jour vers
1190. Maïmonide est considéré comme le philosophe juif le plus marquant
du Moyen Âge et son Guide, comme l’œuvre philosophique juive la plus
importante de tous les âges. Elle tend en effet à exposer le judaïsme
en termes de valeurs non juives, et à établir une corrélation entre les
valeurs juives et les valeurs générales.
La réédition de cette
œuvre, dans la collection « Les Dix Paroles », dirigée par Charles
Mopsik et dans la traduction classique de Salomon Munk un peu
modernisée et allégée de nombreuses notes, représente une contribution
majeure à l’établissement d’une bibliothèque de classiques juifs en
langue française.
Le Guide des égarés a influencé toute la
pensée philosophique juive ultérieure, qui s’y est constamment référée.
L’objet originel de l’œuvre est de résoudre la difficulté qui se
présente à l’esprit d’un juif croyant, concurremment imbu de réalités
philosophiques. Maïmonide a réussi à expliquer les anthropomorphismes
bibliques, à dégager la signification spirituelle cachée derrière les
significations littérales et à montrer que le spirituel était la sphère
du divin. Le fluide représente une explication philosophique des
écritures, une « science de la loi », aussi exacte que les sciences
physiques.
Maïmonide rend connaissables, en termes d’expérience
positive, Dieu, la création, le prophétisme, la nature du mal, la
divine providence, la nature de l’homme et de la vertu morale, la loi
de Moïse, l’eschatologie, etc. Il élucide aussi de très nombreux
passages, d’abord obscurs, des Écritures.
Les dirigeants de la
collection « Les Dix Paroles », qui se propose, « à l’abri du
remue-ménage et des modes », de publier de grands textes de la
tradition juive, mais aussi des études contemporaines s’adressant à un
public exigeant, ont fait suivre le Guide des égarés, dans le même
volume, d’une des œuvres les plus originales de Maïmonide : Le Traité
des huit chapitres.
Ce court ouvrage représente une tentative
de jeter un pont entre Jérusalem et la Grèce, qu’on tient pour
antinomiques. Maïmonide, en effet, veut rattacher la vision juive de ce
que l’homme doit être, à la connaissance de ce que l’homme est. Il veut
fonder l’éthique, science de l’homme idéal, sur la psychologie, science
de l’homme réel. Le Traité des huit chapitres est en fait considéré
comme le premier en date des traités de psychologie. Il fait le point
des connaissances, acquises au Moyen Âge, sur l’imagination, la
sensation, la raison, les vertus et les vices, les plaisirs, etc. et
amorce même une psychothérapie, en abordant le traitement des maladies
de l’âme.
La synthèse que Maïmonide a tentée entre judaïsme et
hellénisme est illustrée par cette proposition : « Sache que le point
sur lequel s’accordent et notre doctrine religieuse et la philosophie
grecque et que corroborent des preuves péremptoires, c’est que toutes
les actions de l’homme relèvent de lui-même, qu’aucune nécessité ne
pèse sur lui à cet égard, et qu’aucune force étrangère ne l’oblige à
tendre à une vertu ou à un vice. »
Le Monde, 30 mai 1980
par Shmuel Trigano
Tradition juive et philosophie grecque
Le Guide des égarés reste la figure de proue du courant philosophique
de la pensée juive. Comme le titre l’indique, celui que l’on surnomma «
l’aigle de la synagogue », Maïmonide, y tentait de conforter dans le
judaïsme ses contemporains séduits par la philosophie grecque. Mais
loin de condamner cette dernière, il tenta de conjuguer
l’aristotélisme, alors prépondérant, et la tradition juive. Sa
rationalisation du judaïsme souleva de violentes controverses dans le
monde juif, notamment du côté d’un fort courant de la Kabbale. Il y eut
même dans le sud de la France des autodafés de ses livres. Mais son
œuvre monumentale finit par l’emporter, sans doute parce que Maïmonide
fut aussi un grand codificateur du Talmud. L’influence de Maïmonide fut
directe sur la philosophie de Duns Scott et de Thomas d’Aquin.
Cette nouvelle édition de la traduction que Salomon Munk avait faite au
XIXe siècle s’accompagne du Traité des huit chapitres que Franklin
Rausky nous présente comme « le premier traité de psychologie et de
psychothérapie de l’histoire ».
Dans la pensée juive du Moyen
Âge, Maïmonide restera le chef de file du courant du compromis
rationaliste, parallèlement à Yehuda Halevi, dont le Livre du Kuzari
tentait de fonder l’universalité du judaïsme sur son originalité dans
la pensée. Vivant en Espagne et en Égypte, écrivant en arabe et en
hébreu, Maïmonide eut une influence considérable dans tout le monde
juif sépharade, le centre du judaïsme à l’époque.
Pourquoi
rééditer Maïmonide aujourd’hui ? Celui-ci, mais d’une façon moindre car
infiniment plus enraciné dans le judaïsme, tenta la même entreprise que
Philon d’Alexandrie ou, d’une certaine façon, Spinoza : ouvrir le
judaïsme à la tradition grecque, en les acclimatant l’un à l’autre. Il
fut sans nul doute l’unique cas où le judaïsme préserva ce qui lui est
essentiel, en évitant sa réduction pure et simple à l’idée grecque.
Ces tentatives ont toujours surgi à des époques-charnières de
l’histoire de l’Occident et elles fondent, comme dans les cas précités,
une ère nouvelle (pour Philon, dix siècles de théologie chrétienne,
pour Maïmonide, une part importante de l’époque précédant la
Renaissance, et pour Spinoza, la modernité). Il ne fait pas de doute
que nous vivons aujourd’hui une telle époque : alors, il est tout à
fait « normal » que la figure de Maïmonide se profile à l’horizon et
qu’elle séduise beaucoup...