Affiche rouge


Vous n'avez réclamé ni gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE

Et les mornes matins en étaient différents
Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand


Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient le coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant



L'Affiche rouge est une affiche de propagande allemande placardée à Paris au printemps 1944, pendant l'occupation nazie. Elle fut tirée à 15 000 exemplaires.

L'histoire de l'affiche rouge

La campagne de l'affiche fait suite à l'arrestation des 23 membres du groupe Manouchian, affilié aux FTP - MOI (Francs-tireurs et partisans - Main d'œuvre immigrée). Les 22 hommes seront fusillés le 21 février 1944 au Mont Valérien, tandis qu'Olga Bancic sera guillotinée le 10 mai de la même année à Stuttgart, une loi française interdisant alors de fusiller les femmes.[réf. nécessaire] L'affiche sert à la propagande nazie qui stigmatisera l'origine étrangère de la plupart des membres de ce groupe, principalement des Arméniens et des Juifs d'Europe de l'Est.

Le réseau Manouchian était constitué de 23 résistants communistes, dont 20 sont étrangers, des espagnols rescapés de Franco, enfermés dans les camps français des Pyrénées, des Italiens résistant au fascisme, Arméniens, Juifs surtout échappés à la rafle du Vel'd'Hiv' de 1942 et dirigé par un Arménien, Missak Manouchian. Il faisait partie des mouvements de Résistance communiste et était le responsable des FTP MOI de la région parisienne. Ils sont enterrés dans le cimetière d'Ivry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, où une stèle a été érigée en leur mémoire.

Bien des années après, en 1985, Stéphane Courtois et Mosco Boucault réalisent un documentaire, Des terroristes à la retraite [1]. Ce long métrage, qui met en scène Simone Signoret en voix-off, accuse la direction de l'époque du parti communiste français (PCF) d'avoir lâché voire vendu le groupe Manouchian.

Un documentaire diffusé sur France 2 le 15 mars 2007 contredit cette thèse, en suivant l'historien Denis Peschanski, lequel s'appuie sur de nouveaux documents dans les archives russes, françaises (aux Archives nationales et à la préfecture de police) et allemandes. D'après ces documents d'archives ouverts récemment, la chute du réseau est le fruit du travail de la seule police française. Ce sont les deux branches créées par les Renseignements généraux ; les Brigades Spéciales 1 et 2, la BS2, dirigée par Fernand David firent un travail de filatures pendants des mois. Lorsque Marcel Rayman commit l'attentat du 28 septembre 1943, il abat le docteur Von Ritter qui était l'un des principaux organisateurs du Service du travail obligatoire, il était déjà suivi, depuis deux mois, et ce n'est que plus tard à force de recoupements et au fil des arrestations, dont celle de Davidovitch qui avoua sous la torture, et fut libéré, que le groupe fut démantelé.

Le contenu de l'affiche

Le slogan de l'affiche est : « Des libérateurs ? La libération par l'armée du crime ! »

En dessous, figurent les noms et les actions menées par 10 résistants, dont le chef du groupe Manouchian :

  • GRZYWACZ : Juif polonais, 2 attentats
  • ELEK : Juif hongrois, 5 déraillements
  • WASJBROT : Juif polonais, 1 attentat, 1 déraillement
  • WITCHITZ : Juif polonais, 15 attentats
  • FINGERCWAJG : Juif polonais, 3 attentats, 5 déraillements
  • BOCZOV : Juif hongrois, chef dérailleur, 20 attentats
  • FONTANOT : Communiste italien, 12 attentats
  • ALFONSO : Espagnol rouge, 2 attentats
  • RAYMAN : Juif polonais, 13 attentats
  • MANOUCHIAN : Arménien, chef de bande, 56 attentats, 150 morts, 600 blessés

Le choix de la mise en page fait preuve d'une volonté d'assimiler ces 10 résistants à des terroristes. La couleur rouge et le triangle formé par les portraits apportent de l'aggressivité et les six photos en bas, pointées par le triangle, surlignent leurs aspects criminels.

En plus des affiches placardées partout dans Paris, un tract a été largement diffusé. Celui-ci reproduisait au recto une reduction de l'affiche rouge et au verso un paragraphe de commentaire fustigeant « L’ARMEE DU CRIME, Contre la France » [2].

Les 23 membres du groupe Manouchian

La postérité

Photographie du mémorial de l'affiche rouge à Valenciennes.

Photographie du mémorial de l'affiche rouge à Valenciennes.
  • A l’initiative de Robert Badinter, une proposition de loi, votée le 22 octobre 1997 décide de l’édification d’un monument à la mémoire des résistants et otages fusillés (dont les 23 membres du Groupe Manouchian) au Mont Valérien entre 1940 et 1944. Le monument, réalisé par le sculpteur et plasticien Pascal Convert, est inauguré le 20 septembre 2003 par le premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, à la mémoire de ces 1006 fusillés.

Bibliographie

Sources, témoignages et ouvrages universitaires :

  • Monique Lise Cohen - Jean-Louis Dufour (dir.), Les Juifs dans la Résistance, Editions Tirésisas, 2001.
  • Stéphane Courtois - Denis Peschanski - Adam Rayski, Le sang de l'étranger, Les immigrés de la M.O.I. dans la Résistance, Fayard, 1989.
  • Jean-Emmanuel Ducoin (dir.), Groupe Manouchian. Fusillés le 21 février 1944. Des héros, à la vie, à la mort, Paris, SIEP, Hors-série de l’Humanité, 50p (avec le DVD La traque de l’Affiche rouge et en poster la reproduction de l’Affiche), février 2007. Sommaire consultable sur le site de l’Humanité : [2] et sa présentation : [3]
  • Guy Krivopissko (dir.), La vie à en mourir, lettre des fusillés, 1941-1944, Paris, éditions Taillandier, 2003.
  • Garnier-Raymond, L’affiche rouge, Paris, fayard, 1975.
  • Gaston Laroche, On les nommait des étrangers, Paris, Les éditeurs français réunis, 1965.
  • Denis Peschanski, Des étrangers dans la résistance, Paris, l’Atelier, 2002.
  • Jacques Ravine, La Résistance organisée des Juifs en France (1940-1944), Paris, Julliard, 1973.
  • Adam Rayski, L’Affiche rouge, Paris, Mairie de Paris, 80p, 2003 (Version originale : Immigranten und Judeninder französischen Résistance, Verlag Schwarze Risse, Berlin, 1994). Brochure téléchargeable (format Pdf) sur le site de la Mairie de Paris : [4]
  • Benoît Rayski, L’Affiche rouge, 21 février 1944. Ils n’étaient que des enfants…, Dijon, Le Félin, 121p, 2004.
  • Tchakarian, Les Francs-tireurs de l’Affiche rouge, Paris, 1986.

Documentaires :

  • Pascal Convert, Mont-Valérien, au nom des fusillés, One Line Productions, 52 minutes, 2002. Point de vue de l’auteur lors du soixantième anniversaire de l’exécution du groupe Manouchian dans le quotidien l’Humanité (« Les nouvelles censures », édition du 21 février 2004) : [5]
  • Stéphane CourtoisMosco Boucault, Des terroristes à la retraite, 84 minutes, 1985.
  • Denis PeschanskiJorge Amat, La traque de l’Affiche rouge, 72 minutes, compagnie des Phares et Balises en collaboration avec la Fondation Gabriel Péri et l’Humanité, 2006. Voir le résumé : [6]

Film :