Le développement durable,
facteur de compétitivité
Widloecher Patrick, La Tribune du 04 janvier 2008

Mais qu'en est-il des PME et PMI ?
Que faire pour les convaincre d'entrer dans le mouvement du développement durable ?
D'abord leur montrer que le développement durable est facteur de réduction des coûts.
Lorsque l'on réduit ses consommations d'énergie ou de carburant pour diminuer le volume de ses émissions de CO2, on diminue aussi ses charges.
Le développement durable est par ailleurs très souvent facteur d'innovation, voire de modernisation des services, car son approche transverse nécessite une certaine pluridisciplinarité des acteurs.
Parfois, il peut générer des recettes nouvelles comme avec les produits ISR pour les banques, la valorisation des déchets que l'entreprise a récupérés ou, maintenant, à travers les certificats d'économies d'énergie.
Il aide à renforcer les liens de l'entreprise avec les territoires quand, par exemple, celle-ci signe un plan de déplacement d'entreprises avec la collectivité locale qui lui permet de diminuer, pour sa part, la circulation automobile en centre-ville, d'y améliorer l'air que l'on y respire et de mieux rentabiliser les transports en commun.
Le développement durable est aussi facteur de motivation pour les employés car, en tant que citoyens, ils veulent de plus en plus pouvoir prolonger au sein de leur entreprise les comportements éco-citoyens qu'ils ont adoptés dans leur vie personnelle.
C'est encore plus vrai dans le secteur public, où développement durable et service public se construisent sur les mêmes notions de solidarité, d'intérêt général et de prévalence du long terme sur le court terme.
Facteur de cohésion au sein de l'entreprise parce qu'il nécessite de pratiquer régulièrement la solidarité (égalité homme-femme, gestion du handicap, personnes issues des quartiers sensibles, minorités visibles), le développement durable devient de plus en plus un atout concurrentiel pour celles qui le pratiquent avec rigueur et assiduité.
Côté recrutement : les jeunes qui arrivent sur le marché sont de plus en plus responsables.
À côté des questions de rémunération et de perspectives de carrière, ils souhaitent aujourd'hui travailler plutôt dans des entreprises qui respectent leur personnel, leurs clients et l'environnement.
Anticiper les risques
Côté business ensuite. Après différents scandales qui les ont désagréablement surpris, comme les affaires Union Carbide à Bhopal, Enron ou autre Parmalat, les investisseurs y regardent à deux fois avant de placer leur argent dans une entreprise.
Comme d'habitude, ils jaugent d'abord la santé financière de l'entreprise qui les intéresse.
En second lieu, et c'est plus récent, ils examinent le niveau de son engagement en matière de responsabilité sociale, pour vérifier qu'ils n'ont pas affaire à une poubelle environnementale, à une bombe à retardement sociale ou à une entreprise qui ignore les fondamentaux de la bonne gouvernance.
De la même façon, les grandes entreprises, qui sont aussi les grands acheteurs, soucieuses de leur notation sociale, ajoutent de plus en plus souvent dans leurs cahiers des charges adressés à leurs fournisseurs et sous-traitant, des critères de responsabilité sociale.
Une PME ou une PMI qui, dans son quotidien, fait fi de la responsabilité sociale risque ainsi d'être écartée au moment du choix.
Une raison de plus, si ce n'est la plus importante, pour se bâtir une image forte en matière de responsabilité sociale, aussi bien dans les domaines de l'environnement que dans ceux du social et du sociétal. Si l'on ajoute à tout cela que le développement durable permet aussi de mieux anticiper les risques, qu'ils soient d'image, juridiques, financiers ou boursiers pour les entreprises cotées, on voit que, pratiqué sans retenue, il est, au final, un véritable levier pour renforcer l'efficacité économique de l'entreprise.
Un petit pas à franchir
Aux managers qui hésitent encore, voilà une série d'arguments qui peut leur faire prendre conscience que le développement durable pratiqué avec conviction va, au lieu d'alourdir leur charge de travail quotidienne, leur permettre d'atteindre plus vite et dans de meilleures conditions leurs objectifs économiques et professionnels.
Bref, le développement durable motive, rassemble, pérennise l'entreprise et crée de la valeur.
Pour cela, il n'y a qu'un petit pas à franchir pour affirmer que, pour une entreprise, le développement durable, ce n'est que du bonheur ! Alors, pourquoi s'en priver ?
PATRICK WIDLOECHER, DIRECTEUR DU DÉVELOPPEMENT DURABLE DU GROUPE LA POSTE, ADMINISTRATEUR DU COMITÉ 21
Développement durable
Le « développement durable » (ou développement soutenable) est, selon la définition proposée en 1987 par la Commission mondiale sur l’environnement et le développement dans le Rapport Brundtland[1] :
« un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Deux concepts sont inhérents à cette notion : le concept de " besoins ", et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d’accorder la plus grande priorité, et l’idée des limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale impose sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir. »
Autrement dit, il s'agit, en s'appuyant sur des valeurs (responsabilité, participation et partage, débat, partenariat, innovation, pérennité, réversibilité, précaution et prévention et solidarité ;sociale, géographique et transgénérationelle) d'affirmer une approche double et conjointe :
- Dans l'espace : chaque habitant de cette terre a le même droit humain aux ressources de la Terre ;
- Dans le temps : nous avons le droit d'utiliser les ressources de la Terre mais le devoir d'en assurer la pérennité pour les générations à venir.
Des écologistes et autres personnalités de divers bords politiques considèrent le terme « développement durable » comme un oxymore, certains préférant le qualificatif de soutenable à celui de durable. (voir plus bas)
Sémantique et concept de développement durable [modifier]
Divers institutions et acteurs sociaux et économiques se réclament de ce concept, né de deux constats qui sont :
- l'actuelle fracture Nord/Sud et la recherche d'un développement humain ;
- la présente crise écologique et l'urgence de sauvegarder l'environnement.
Le lien entre les objectifs du développement et la crise de l'environnement conduit au concept d' éco-développement développé au début des années 1970 par Ignacy Sachs et à la conférence internationale de Stockholm sur l'environnement humain en 1972. Puis le terme Sustainable development, traduit par « développement durable » apparaît en 1980 et est officialisé et répandu par le rapport Notre avenir à tous, (dit Rapport Brundtland) en 1987.
On emploie quelquefois en français le terme de « développement soutenable ». (Qui est la traduction littérale de l'anglais « Sustainable development »)
Historique
1968 : création du Club de Rome regroupant quelques personnalités occupant des postes relativement importants dans leurs pays respectifs et souhaitant que la recherche s'empare du problème de l'évolution du monde pris dans sa globalité pour tenter de cerner les limites de la croissance.
1972 : le Club de Rome publie le rapport Halte à la croissance ?, ou Les limites de la croissance, le titre original étant The limits to growth, rédigé à sa demande par une équipe de chercheurs du Massachusetts Institute of Technology. Ce premier rapport donne les résultats de simulations informatiques, par le modèle DYNAMO de Jay Forrester sur l'évolution de la population humaine en fonction de l'exploitation des ressources naturelles, avec des projections jusqu'en 2100. Il en ressort que la poursuite de la croissance économique entraînera au cours du XXIe siècle une chute brutale des populations à cause de la pollution, de l'appauvrissement des sols cultivables et de la raréfaction des ressources énergétiques. Le modèle n'est cependant pas encore à ce stade sectorisé par régions comme il le sera ensuite.
1972 (5 au 16 juin) : une conférence des Nations unies sur l'environnement humain à Stockholm expose notamment l'écodéveloppement, les interactions entre écologie et économie, le développement des pays du Sud et du Nord. C'est le premier Sommet de la Terre.
L'environnement apparaît en effet à partir des années 1970 comme un patrimoine mondial essentiel à transmettre aux générations futures et le philosophe Hans Jonas a exprimé cette préoccupation dans son livre Le Principe responsabilité (1979).
1980 L'Union internationale pour la conservation de la nature publie un rapport intitulé La stratégie mondiale pour la conservation[2] où apparaît pour la première fois la notion de « développement durable », traduite de l'anglais « sustainable development ».
1987 (avril) : Une définition du développement durable est proposée par la Commission mondiale sur l'environnement et le développement (Rapport Brundtland).
1992 (3 au 14 juin) : Deuxième Sommet de la Terre, à Rio de Janeiro en 1992 : consécration du terme "développement durable", Le concept commence à être largement médiatisé devant le grand public. Adoption de la convention de Rio et naissance de l'Agenda 21. La définition Brundtland, axée prioritairement sur la préservation de l'environnement et la consommation prudente des ressources naturelles non renouvelables, sera modifiée par la définition des « trois piliers » qui doivent être conciliés dans une perspective de développement durable : le progrès économique, la justice sociale, et la préservation de l'environnement.
2002 (26 août au 4 septembre) : Sommet de Johannesburg : En septembre, plus de cent chefs d'État, plusieurs dizaines de milliers de représentants gouvernementaux et d'ONG ratifient un traité prenant position sur la conservation des ressources naturelles et de la biodiversité. Quelques grandes entreprises françaises sont présentes.
2005 : Entrée en vigueur du protocole de Kyōto sur la réduction des émissions des gaz à effet de serre. Ce protocole se révèle contraignant : un citoyen l'enfreint déjà à son échelle en effectuant un voyage international en avion par an.
Les enjeux
L'environnement négligé au XIXe siècle [modifier]
Historiquement, le mode de pensée qui est à l'origine de la Révolution industrielle du XIXe siècle a introduit des critères de croissance essentiellement économiques. On retrouve ces critères dans le calcul du Produit national brut, dont l'origine remonte aux années 1930.
Des corrections ont été apportées dans la deuxième moitié du XIXe siècle sur le plan social, avec l'apparition d'associations à vocation sociale et du syndicalisme. L'expression "économique et social" fait partie du vocabulaire courant.
Mais les pays développés (ou pays du Nord) ont pris conscience depuis les années 1970 que leur prospérité était basée sur l'utilisation intensive des ressources naturelles finies, et que par conséquent, outre l'économique et le social, un troisième aspect a été négligé : l'environnement ; Par exemple, l'empreinte écologique mondiale a dépassé la capacité "biologique" de la Terre à se reconstituer vers le milieu des années 1970[3].
Pour certains analystes[4], le modèle de développement industriel n'est pas viable ou insoutenable sur le plan environnemental, car ne permettant pas un "développement" qui puisse durer. Les points cruciaux sont l'épuisement des ressources naturelles (matières premières, énergies fossiles pour les humains), la destruction et fragmentation des écosystèmes, la diminution de la biodiversité qui diminuent la résilience de la planète.
Le développement (industriel, agricole, urbain) génère des pollutions immédiates et différées (exemple pluie acide et gaz à effet de serre qui contribuent à un changement climatique et contribue à la surexploitation des ressources naturelles (exemple : déforestation
de la forêt équatoriale). Il provoque une perte inestimable en terme de
biodiversité par l'extinction (donc irréversible) d'espèces végétales
ou animales. Ce développement provoque une raréfaction des énergies fossiles et des matières premières qui rend imminent le pic pétrolier) et nous rapproche de l'épuisement de nombreuses ressources naturelles vitales.
Au problème de viabilité s'ajoute un problème d'équité : les pauvres subissent le plus la crise écologique et climatique, et il est à craindre que le souhait de croissance (légitime) des pays sous-développés (souvent appelés pays du Sud) vers un état de prospérité similaire, édifié sur des principes équivalents, n'implique une dégradation encore plus importante et accélérée de la biosphère. Si tous les États de la planète adoptaient l'American Way Of Life (qui consomme près du quart des ressources de la Terre pour 7% de la population) il faudrait 5 ou 6 planètes. Et si tous les habitants de la planète vivaient avec le même train de vie que la moyenne française, ce ne sont pas moins de 3 Terre qui seraient nécessaires[5].
De plus, Les catastrophes industrielles de ces trente dernières années (Tchernobyl, Seveso, Bhopal, Exxon Valdez, etc.) ont interpellé l'opinion publique et les associations telles que le WWF, les Amis de la Terre, Greenpeace. (voir aussi Chronologie de l'écologisme)
Un développement économique et social respectueux de l'environnement
L'objectif du développement durable est de définir des schémas viables et conciliant les trois aspects économique, social, et environnemental des activités humaines ; « trois piliers » à prendre en compte, par les collectivités comme par les entreprises et les individus :
- Économique : performance financière « classique », mais aussi capacité à contribuer au développement économique de la zone d'implantation de l'entreprise et à celui de tous échelons ;
- Social : conséquences sociales de l'activité de l'entreprise au niveau de tous ses échelons : employés (conditions de travail, niveau de rémunération…), fournisseurs, clients, communautés locales et société en général ;
- Environnemental : compatibilité entre l'activité sociale de l'entreprise et le maintien de la biodiversité et des écosystèmes. Il comprend une analyse des impacts du développement social des entreprises et de leurs produits en termes de flux, de consommation de ressources, difficilement ou lentement renouvelables, ainsi qu'en terme de production de déchets et d'émissions polluantes… Ce dernier pilier étant nécessaire aux deux autres.
Les objectifs du développement durable
Répondre aux besoins des générations actuelles et à venir
Comme vu précédemment, la définition classique du développement durable provient du rapport Brundtland de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement. Il rappelle le propos prêté à Antoine de Saint-Exupéry : « Nous n’héritons pas de la Terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants ».
Le rapport Brundtland insiste sur la nécessité de protéger la diversité des gènes, des espèces et de l'ensemble des écosystèmes naturels terrestres et aquatiques, et ce, notamment, par des mesures de protection de la qualité de l'environnement, par la restauration, l'aménagement et le maintien des habitats essentiels aux espèces ainsi que par une gestion durable de l'utilisation des populations animales et végétales exploitées.
Il est toutefois difficile de séparer le patrimoine naturel et le patrimoine culturel. L'idée de transmission de génération en génération alliée à celle de diversité culturelle (on pense aussi aux populations les plus démunies) et à celle d'interaction entre les communautés humaines et la nature est bien résumée dans la définition que donne l'UNESCO du patrimoine culturel :
- « Ce patrimoine culturel (immatériel), transmis de génération en génération, est recréé en permanence par les communautés et groupes en fonction de leur milieu, de leur interaction avec la nature et de leur histoire, et leur procure un sentiment d'identité et de continuité, contribuant ainsi à promouvoir le respect de la diversité culturelle et la créativité humaine ». [6]
On peut considérer que les objectifs se partagent entre trois grandes catégories :
- Ceux qui sont à traiter à l'échelle de la planète : rapports entre nations, individus, générations ;
- Ceux qui relèvent des autorités publiques dans chaque grande zone économique (Union européenne, Amérique latine, Asie…), à travers les réseaux territoriaux par exemple ;
- Ceux qui relèvent de la responsabilité des entreprises.
Le développement durable, associé à la notion de bonne gouvernance, n'est pas un état statique d'harmonie mais un processus de transformation dans lequel l'exploitation des ressources, le choix des investissements, l'orientation des changements technologiques et institutionnels sont rendus cohérents avec l'avenir comme avec les besoins du présent[7].
Équité entre nations, individus et générations
Pour les uns, le concept de développement durable est assez clair pour être opérationnel. D'autres le voient comme une panacée et un catalogue de bonnes intentions qui devraient permettre tout à la fois, sans trop préciser comment, de combiner un ensemble d'exigences :
- La satisfaction des besoins essentiels des communautés humaines présentes et futures, en rapport avec les contraintes démographiques :
- accès à l'eau potable (cas de l'accès à l'eau au Maroc) ;
- lutte contre la faim ou la malnutrition, sécurité alimentaire ou souveraineté alimentaire ;
- accès à l'éducation ;
- accès à la santé ;
- accès pour tous à l'emploi.
- L'amélioration de la qualité de vie :
- accès aux soins médicaux ;
- accès aux services sociaux ;
- accès à un logement de qualité ;
- accès à la culture
- bien-être social.
- Le respect des droits et des libertés de la personne :
- la participation, pour l'ensemble des groupes de la société, aux différents processus de prise de décision ;
- statut des femmes ;(importance du rôle de la femme dans la société cf AMARTYA SEN )
- liberté de la presse ;
- résolution des conflits ;
- liberté d'expression.
- Le renforcement de nouvelles formes d'énergies renouvelables :
etc.
Réseaux territoriaux et Agenda 21
Pour le développement durable des territoires locaux, les réseaux de villes et les communautés urbaines sont à même d'exprimer les besoins et de mettre en œuvre des solutions dans le cadre de l'outil défini au sommet de la Terre de Rio de Janeiro : l'agenda 21. L'agenda type comprenant 40 chapitres répartis en quatre sections. Pour cela les collectivités territoriales peuvent coopérer avec les entreprises, les universités (et les grandes écoles en France) ainsi qu'avec les centres de recherche, pour imaginer les solutions innovantes de demain.
Les gouvernements ont souvent élaboré un cadre de référence pour les projets territoriaux de développement durable dont les agendas 21 locaux [8], de même que l'ICLEI pour les villes.
Responsabilité sociale des entreprises
Pour le respect d'objectifs de développement durable par les entreprises, spécifiquement on parle de responsabilité sociale des entreprises (corporate social responsability) ou parfois plus précisément responsabilité sociétale des entreprises[9] puisque le volet de responsabilité ne correspond pas uniquement au "volet social". La responsabilité sociale des entreprises est un concept par lequel les entreprises intègrent les préoccupations sociales, environnementales, voire de bonne gouvernance ou gouvernement dans leurs activités et dans leur interaction avec leurs parties prenantes sur une base volontaire. Il y a en effet, jusqu'à présent, peu d'obligations législatives, de contraintes ou de pénalités : à citer cependant en France, une loi relative aux nouvelles régulations économiques qui oblige les entreprises cotées en bourse à inclure dans leur rapport annuel une série d'informations relatives aux conséquences sociales et environnementales de leurs activités.
Efficacité économique
Elle vise à favoriser une gestion optimale des ressources humaines, naturelles et financières, afin de permettre la satisfaction des besoins des communautés humaines, et ce, notamment, par la responsabilisation des entreprises et des consommateurs au regard des biens et des services qu'ils produisent et utilisent ainsi que par l'adoption de politiques gouvernementales appropriées (principe du pollueur/payeur (Pigou), internalisation des coûts environnementaux et sociaux, éco-fiscalité, etc.).
- eau virtuelle
- production énergétique
- agriculture durable
- transport
- communication
- inégalités
- pauvreté
- corruption
- solidarité
- économie
- Taxe carbone
Définitions complémentaires
Développement désirable / économie verte
La définition classique du développement durable issue de la commission Brundland (1987) peut apparaître à certains dépassée. En effet, il ne s'agit plus de viser, comme il y a une vingtaine d'années, la satisfaction des besoins lointains de générations futures. C'est la satisfaction actuelle des besoins qui est maintenant compromise par les crises environnementales et sociales que connaît le XXIe siècle (par exemple : l'ouragan Katrina, les ravages du Tsunami, la perte de biodiversité, la raréfaction de la ressource halieutique et le renchérissement des matières premières, la pollution atmosphérique). Il ne s'agit plus d'anticiper les problèmes mais de les résoudre. Le développement durable pourrait alors laisser place à la notion de "développement désirable"[10] qui regroupe l'ensemble des solutions économiquement viables aux problèmes environnementaux et sociaux que connaît la planète. Ce nouveau mode de développement, facteur de croissance économique et d'emplois, serait une véritable "économie verte"[11], basée sur l'économie sociale et solidaire, l'éco-conception, le biodégradable, le bio, la dématérialisation, le réemploi-réparation-recyclage, les énergies renouvelables, le commerce équitable, la relocalisation.
Durabilité / soutenabilité
Certains préfèrent parler de développement soutenable (le contraire de insoutenable, et ce que notre environnement peut supporter à moyen et long terme). C'est une traduction plus littérale du terme anglophone sustainable development. Les tenants du terme « durable » insistent sur la notion de durabilité (cohérence entre les besoins et les ressources globales de la Terre sur le long terme) plutôt que sur l'idée d'une recherche de la limite jusqu'à laquelle la Terre sera capable de nourrir l'humanité.
D'autres récusent le concept même de développement économique et préfèrent parler d'utilisation durable, voire, en s'inspirant des travaux de Nicholas Georgescu-Roegen, de décroissance durable.
Durabilité forte / faible
Il existe deux conceptions sur la durabilité :
- Durabilité forte : on n'admet pas que le capital naturel soit amputé au détriment des générations futures ; Les partisans de cette conception sont plutôt les ONG, surtout environnementales, les associations…
- Durabilité faible : on tolère une amputation du capital naturel, à condition que cette amputation soit substituée par un capital de connaissances, appelé capital immatériel ; les tenants de la durabilité faible se situeraient plutôt parmi les chercheurs "réalistes", parmi les dirigeants d'entreprises et dans les milieux économiques et financiers, bien qu'il soit difficile de généraliser.
Voir dans le paragraphe limites et dérives du concept les dangers de la durabilité faible.
« Agir local, penser global »
Cette formule, employée par René Dubos au sommet sur l'environnement de 1972, est souvent employée dans les problématiques de développement durable. Elle montre que la prise en compte des enjeux environnementaux et sociaux nécessite de nouvelles heuristiques, qui intègrent le caractère global du développement durable. Elle fait penser à la philosophie de Pascal, plutôt qu'à celle de Descartes, celle-ci étant davantage analytique. En pratique, elle se traduit par des modèles systémiques.
Aspects éthiques et juridiques
Éthique du développement durable
Les aspects essentiels du développement durable, sur les capacités de la planète et les inégalités d'accès aux ressources posent des questions philosophiques.
Jean Bastaire voit l'origine de la crise écologique chez Descartes selon qui l'homme devait se « rendre maître et possesseur de la nature » (Discours de la méthode, sixième partie).
André Comte-Sponville aborde les questions d'éthique dans le capitalisme est-il moral ?'. Paul Ricœur et Emmanuel Lévinas le firent aussi sous l'angle de l'altérité et Patrick Viveret et Jean-Baptiste de Foucauld (Les trois cultures du développement humain) sur celui de la justice sociale.
Hans Jonas fut le premier à avancer l'idée selon laquelle le fait que
le modèle économique de l'Occident pourrait ne pas être viable sur le
long terme s'il ne devenait pas plus respectueux de l'environnement
impose une refonte de l'éthique
pour supprimer les menaces que la technique posent à l'avenir de
l'Humanité. En effet ce philosophe fut le premier à poser que l'on
avait un devoir vis-à-vis des êtres à venir, des vies potentielles et
« vulnérables » que nous menaçons. Pour Jonas, qui écrit Le Principe responsabilité durant la guerre froide, les menaces en question sont tant environnementales que nucléaires. Depuis lors l'un des thèmes de la philosophie qui interpelle le plus nos contemporains est celui de la philosophie de la nature, dont on trouve un représentant éminent en la personne du chimiste et physicien irlandais Robert Boyle.
Le philosophe français Michel Foucault aborde ces questions sur le plan épistémologique. Il parle de changements de conception du monde, qui se produisent à différentes époques de l'Histoire. Il appelle ces conceptions du monde, avec les représentations qui les accompagnent, des épistémès. On pourrait sans doute affirmer que le développement durable, et son corollaire la mondialisation, correspondent au concept d'épistémè, qui, appliqué à notre époque, est appelé hypermodernité par Michel Foucault.
Cet aspect est présent dans le film Une vérité qui dérange de Al Gore, qui montre que la vision du monde est en train de changer.
Sans en aborder tous les aspects philosophiques, on notera que le développement durable comporte des enjeux très importants en matière d'éthique des affaires, questions qui semblent plus facilement abordées par les anglo-saxons que dans le reste de l'Europe, et en particulier en France.
Aspects juridiques
Le développement durable impacte le droit international, et notamment le droit communautaire dans l'Union européenne où le droit de l'environnement s'est progressivement déplacé des États membres vers le niveau européen qui est apparu subsidiairement plus adapté pour traiter ces questions, et ceci en plusieurs étapes :
- L'Acte unique européen, en 1987, a transféré à la CEE certaines compétences des États : l'environnement, la recherche et développement, et la politique étrangère,
- À la création de l'Union européenne, en 1993, l'environnement a été traité d'une façon transversale dans le premier pilier de l'Union européenne, celui qui est le plus intégré, à travers les règlements européens et les directives européennes.
- Au Conseil européen de Göteborg, en 2001, il a été décidé que la stratégie sur l'économie de la connaissance définie au conseil européen de Lisbonne l'année précédente intégrerait explicitement l'objectif de développement durable. Par conséquent, au moins sur le papier, la relation entre développement durable et ingénierie des connaissances a été reconnue.
L'impact de l'environnement sur des domaines aussi vitaux que l'eau, l'énergie, les services, l'agriculture, la chimie, etc est tel que l'Union européenne a capté certaines compétences des États membres, via la législation européenne (directives cadres, directives, règlements) qui s'impose aux États membres en vertu de la hiérarchie des normes juridiques. Ceci pose des questions de souveraineté qui peuvent être étudiées sous l'angle de la légitimité des actions à mener pour aboutir à un développement plus durable.
Voir : Légitimité et développement durable
C'est vers les années 2001-2002 que le développement durable apparaît en France comme la nécessité pour les entreprises de rendre compte des conséquences sociales et environnementales de leurs activités, par rapport aux exigences de la société civile. Cela s'est traduit par une disposition législative sur la communication dans la loi NRE, poussant à l'élaboration de rapports de développement durable.
Le président Chirac a poussé à la rédaction d'une charte de l'environnement en 2004, soulignant dans un discours que la France était le premier pays au monde à inclure l'environnement dans sa Constitution.
En pratique, hormis pour quelques entreprises qui sont directement engagées dans des secteurs sensibles (énergie, environnement), on constate peu d'intérêt pour les démarches de développement durable. Le fait est que la communication d'informations potentiellement sensibles sur le plan stratégique tend à augmenter les vulnérabilités des entreprises, sans pour autant mettre en évidence l'intérêt de l'innovation. Les entreprises (notamment françaises) risquent ainsi de divulguer des informations par le canal de l'internet, qui peuvent être récupérées sans gros effort par leurs concurrentes en dehors de l'Europe.
Aspects organisationnels
Communication et développement durable
Avec la mise en place de programmes de développement durable dans les entreprises et d’agendas 21 dans les collectivités territoriales, s’est posé, à partir de 2002, la question de la « communication sur le développement durable ». Autrement dit, comment sensibiliser l’opinion au développement durable, impliquer les professionnels, et parfois convaincre les décideurs ?
Plusieurs pistes et éléments de réponse sont donnés par des professionnels[12]:
- une communication efficace suppose de « démystifier » le développement durable. Cela implique de mettre en avant les bénéfices concrets de la démarche, de dresser un constat honnête de la situation, de décrire les initiatives en montrant l’implication de celui qui parle, et surtout, de donner les « modes d’emploi ». Cela suppose aussi d'éviter quelques écueils : les grands principes, les bonnes intentions (« La terre c’est important pour demain ») et le jargon inaccessible au public (« gouvernance », « stakeholders », « PADD »…)[13].
- « Il n’y a pas de communication miracle mais un travail sur la durée ». En outre, il est souhaitable : "d’impliquer les associations, d'impliquer physiquement les citoyens (événements festifs, comités citoyens, témoignages, etc.), et d’agir plus sur l’émotionnel car on convainc souvent mieux avec des événements festifs que des arguments scientifiques". Concernant éco-produits et éco-services, la communication doit mettre « simultanément en avant l’aspect environnement/social et les égo-promesses (être en meilleure santé, avoir une plus jolie peau, etc.) »[14], sous peine de ne pas convaincre et de ne pas vendre.
- « Quels que soient les outils et supports de communication utilisés, rien ne remplace un échange régulier entre les parties prenantes". La clé se trouverait aussi dans le mode d’expression, le ton : "être simple, honnête et positif : en un mot humain. Simple avec une approche humaine évitant les caricatures stéréotypées et la langue de bois"[15].
- Le succès d’une communication environnementale repose sur deux facteurs : "porter le message au bon endroit, d’une part, et rechercher la cohérence par l’exemplarité, d’autre part[16].
On a vu que les préoccupations environnementales ont émergé dès 1972 en Europe. Elles ont été intégrées dans les textes communautaires avec l'Acte unique en 1987. Le traité de Maastricht évoque des objectifs sur l'environnement. La Suède a poussé à l'accélération des actions dans ce domaine. L'expression développement durable apparaît pour la première fois dans un texte communautaire avec le traité d'Amsterdam en 1997, qui inclut également un protocole sur le principe de subsidiarité. En 2001, le conseil européen de Göteborg réoriente la stratégie de Lisbonne vers le développement durable, et un livre vert de la Commission européenne aborde le sujet de la responsabilité sociétale pour les entreprises.
Le développement durable peut être traité par la recherche d'informations dans le contexte (veille), pour définir l'usage des informations dans une stratégie d'innovation. Cette politique, beaucoup plus complexe dans sa mise en œuvre, tend à se mettre en place depuis 2003-2004, tant au niveau des administrations centrales que des collectivités territoriales et des entreprises (voir intelligence économique).
États-Unis
Dans le même temps, les entreprises anglo-saxonnes tissent des réseaux d'influence autour des institutions internationales, en s'appuyant sur les réseaux des organisations non gouvernementales. Ceci permet de collecter une quantité importante d'informations, qui sont structurées puis gérées dans les réseaux internationaux d'entreprises, d'universités, de centres de recherche (voir par exemple le World Business Council on Sustainable Development).
La stratégie américaine consiste aussi à tisser des liens avec les enceintes normatives privées comme la chambre de commerce internationale, située à Paris. La CCI rédige des "rules", règles types dans tous les domaines de la vie des affaires, reprises comme modèle dans les contrats financés par les organismes internationaux. La CCI a joué un rôle important au sommet de la Terre de Johannesburg à l'été 2002 en créant, conjointement avec le WBCSD, le Business Action for Sustainable Development.
Aspects financiers
La mise en œuvre d'une politique de développement durable dans les entreprises dépend largement de l'utilisation des actifs de l'entreprise. Les actifs peuvent être des actifs physiques (immobilisations au sens classique du terme), mais aussi des actifs immatériels (immobilisations incorporelles).
La mobilisation vers un développement durable dépend essentiellement de la façon dont les entreprises vont orienter les compétences de leurs employés (capital humain), les relations avec leurs parties prenantes (capital relationnel), et leurs structures (capital structurel), qui forment ensemble le capital immatériel. Celui-ci est directement en rapport avec la gestion des connaissances.
Domaines d'application
Le développement durable concerne l'ensemble des activités humaines. Les enjeux de durabilité sont cependant différents pour chacun des secteurs d'activité.
Agriculture et sylviculture
Dans le secteur de l'agroalimentaire, la société civile s'est émue des problèmes liés par exemple à l'ESB.
Construction et urbanisme
Le développement durable induit d'autres méthodes de construction, visant à diminuer les consommations d'énergie notamment. Mais il est aussi nécessaire de repenser l'environnement des bâtiments et les transports urbains, d'imaginer des villes plus durables et une bonne gestion des ressources notamment en eau et énergie.
Voir : Écologie urbaine.
Énergie
Énergies renouvelables
Les différentes formes d'énergies renouvelables sont :
- l'énergie solaire : énergie solaire thermique et énergie solaire photovoltaïque,
- l'énergie éolienne,
- l'énergie hydraulique : principalement exploitable par des centrales hydroélectriques sur les fleuves, mais aussi : énergie marine (énergie marémotrice, énergie des vagues, énergie maréthermique, énergie osmotique
- la biomasse,
- la géothermie,
- la pile à combustible (hydrogène ou autre) pour le transport de l'énergie.
Énergie nucléaire
L'énergie nucléaire est à court terme la seule énergie non-émettrice de gaz à effet de serre à même de compenser la faiblesse de la production renouvelable pour subvenir aux besoins d'électricité.
Les anti-nucléaires avancent les arguments suivants :
- Risques de prolifération nucléaire, au sujet des éléments radioactifs pouvant avoir un usage non civil,
- Impacts sur l'environnement (réchauffement des fleuves et rivières, au moment de l'étiage en particulier),
- Problème des déchets nucléaires ultimes, vis-à-vis des générations futures.
Les professionnels de l'industrie nucléaire soulignent que l'impact sur l'environnement est limité et que le problème de prolifération ne se pose pas pour les centrales des pays démocratiques. Les prochaines filières nucléaires devraient être encore plus sûres et économes en carburant.
- Voir aussi
- Quelles solutions pour un nucléaire durable ? La Jaune et la Rouge (2004).
- Forum International Génération IV
Économies d'énergie
Des économies d'énergie à l'échelle de la planète permettraient de réduire le stress énergétique.
Eau
Certaines entreprises ont pris des engagements permettant de comprendre la problématique posée pour une gestion durable de l'eau et ont sollicité des agences de notation indépendantes pour être auditées.
Transports
Tableau de synthèse
Mise en œuvre multidomaines
Difficultés posées par la mise en œuvre
Si le principe ainsi défini est assez clair, les objectifs posés par le développement durable semblent plus difficiles à mettre en œuvre. Parmi les questions qui se posent :
- Comment définir les besoins des générations futures ?
- Une croissance économique forte est-elle compatible avec les besoins de la population actuelle et avec la population de demain ?
- Peut-on se contenter de mieux gérer les ressources non renouvelables, l'objectif de maintien de la valeur du capital naturel est-il possible :
- utilisation abusive de la voiture (trajet moyen : 3 km) et imminence du pic pétrolier, multiplication du transport des marchandises
- gaspillage de l'eau (notamment dans l'agriculture), sur-utilisation d'eau potable pour des usages non alimentaires
- gaspillage de l'électricité (éclairage, appareils électriques en veille, air conditionné mal réglé…),
- production de déchets (emballages) ou surproduction d'objets de consommation à durée de vie courte,
- Les modèles de mesure de la croissance sont-ils adaptés ? Souvenons-nous qu'il y a 30 ans, le sentiment général était que la planète ne serait plus viable en l'an 2000 : quelle mise à jour crédible et rigoureuse de l'argumentation peut-on avancer ?
- Les pays du Sud sont-ils impliqués dans la réflexion ? L'innovation technologique nécessaire ne risque-t-elle pas d'introduire un fossé grandissant entre pays riches et pays pauvres sur le plan de la connaissance ?
- Comment soutenir, sans « paternalisme » le développement des pays « du sud », comment vont-ils s'organiser pour respecter les « trois piliers » décrits plus haut?
- Pour la question du changement climatique, le protocole de Kyoto est-il une manière efficace de résoudre le problème ?
- Quel impact ces enjeux auront-ils sur l'équilibre du monde ? Quelle relation faire avec la mondialisation ? La croissance des grands pays d'Asie est-elle soutenable ?
- Quels seront les impacts en termes de droit ? Quel rapport entre droit positif et droit naturel ? En particulier quels seront les impacts de la charte de l'environnement (en France), remontée au sommet de la hiérarchie des normes depuis 2005, sur le droit public, sur le droit privé et le droit des affaires ?
- Quelles évolutions technologiques prévisibles peuvent avoir une incidence sur la situation et les politiques à suivre ?
- Quel niveau de perception les dirigeants ont-ils de l'ampleur et de la globalité du phénomène ? La communication est-elle suivie d'action ?
- Sur un plan éthique, la présentation du développement durable est-elle cohérente vis-à-vis des employés des entreprises et des parties prenantes ?
- Les agences de notation financière permettent-elles de rendre compte des progrès accomplis ? Quelle place les agences de notation sociétale prendront-elles ?
- Comment partager les bonnes informations collectivement ?
- Comment mettre à jour notre fonctionnement économique pour qu'il s'inscrive dans ce développement durable?
Cas des entreprises et du monde économique
Au cours de ces dix dernières années, bon nombre d'entreprises se sont dotées de Directions du développement durable. Elles ont engagé des politiques souvent ambitieuses pour faire évoluer les comportements internes et incarner de manière tangible leurs responsabilités sociale et environnementale. Aujourd'hui, il faut intégrer dans le modèle économique de l'entreprise les objectifs de lutte contre le réchauffement climatique, de protection de la santé, de préservation de la biodiversité et d'une meilleure gestion des ressources rares ; et cela dans un contexte peu favorable, où les marchés et l'État ne tiennent pas encore suffisamment compte des performances durables. Dès à présent, le Grenelle de l'environnement peut favoriser l'avènement d'un capitalisme de parties prenantes.
Mesure
Les instruments macroéconomiques classiques (