Commerce équitable

Producteurs de quinoa vendu sur le marché du commerce équitable en Équateur

Producteurs de quinoa vendu sur le marché du commerce équitable en Équateur

Le commerce équitable est un ensemble de réseaux de distribution de produits de consommation de pays du Sud qui obéit à des conditions considérées comme pouvant améliorer, si possible durablement, la situation des producteurs qui y adhèrent.

Historique

Les précurseurs

Aux États-Unis, dans courant des années 1940, le mouvement religieux protestant des Mennonites met sur pied un commerce de denrées produites dans les régions pauvres et distribuées à travers son réseau. On donnera plus tard le nom de Ten Thousands Villages (Dix mille villages) à cette organisation. En 1949, l'association chrétienne SERRV, issue de l'Église de Brethren, s'occupe de réfugiés dans les zones sinistrées de l'Europe. Pour aider les réfugiés, elle importe des coucous en bois d'Allemagne au Maryland...

Les Boutiques du Monde

À la fin des années cinquante, Leslie Kirkley, directrice d'OXFAM, une organisation humanitaire créée en Grande-Bretagne pendant la Seconde Guerre, est en mission à Hong-Kong pour un programme d'aide aux réfugiés originaires de Chine continentale. Elle aperçoit des réfugiées chinoises confectionnant des pelotes à épingle. Kirkley a alors l'idée d'en remplir une valise et de les vendre dans les boutiques d'OXFAM. À partir de cette date l'importation et la vente de produits artisanaux devient une pratique systématique de OXFAM[1], qui crée en 1964 la première organisation de commerce alternatif Alternative Trade Organizations (ATO).

La même année, la CNUCED lance l'idée Trade, not Aid! (le commerce, pas l'aide), popularisant ainsi le concept de commerce équitable[2].

Aux Pays-Bas, l'association caritative Steun Onderontwikkelde Streken (SOS) est créée en 1959, mais il faut attendre 1969 pour voir s'ouvrir la première "boutique du monde" aux Pays-Bas. Elle a un grand succès et de nombreuses boutiques similaires, qui vendent des produits artisanaux, s'ouvrent au Benelux. En Allemagne, le mouvement Aktion Dritte Welt Handel est fondé en 1970 dans la mouvance des mouvements de jeunesse chrétiens.[1]

En France, le mouvement Artisans du Monde émergeant à partir de 1973 de la mouvance des Compagnons d'Emmaüs de l'Abbé Pierre crée de la même façon des boutiques où des bénévoles vendent des produits artisanaux en provenance du Tiers-monde. L'association se détache rapidement de la sphère Emmaüs et s'implique dans un militantisme tiers-mondiste.[3]

En Belgique, deux associations néerlandophone Oxfam-Werldwinkels et francophone Oxfam-Magasins du Monde voient le jour autour de 1976. Elles sont issues d'Oxfam-Belgique très active dans les années 1960 dans le soutien aux mouvements de décolonisation. Les débuts commerciaux sont nés de cette volonté de soutenir les luttes de libération. Si les boutiques belges vendent du café de Tanzanie, ce n'est pas spécialement pour aider les petits producteurs, mais pour porter le projet socialiste du président Julius Nyerere. De même pour le café du Nicaragua, destiné à soutenir les sandinistes.[4]

En 1994, 15 associations nationales de 13 pays européens se regroupent au sein de NEWS! (Network of European World Shops). Au total, cela représente :

  • plus de 3 000 associations locales animées par près de 100 000 personnes (essentiellement bénévoles).
  • 250 millions d'euros de chiffre d'affaires réalisé en 1999.
  • 400 groupements de producteurs bénéficiaires dans 50 pays du "Sud", soit environ 800 000 familles (5 millions de personnes).

Les matières premières dans le commerce équitable

Dans les années 1980, les ATOs doivent faire face à une situation nouvelle : la nouveauté d'un certain nombre de produits des boutiques du monde commence à s'émousser, la demande sature, et certains produits artisanaux apparaissent désuets et démodés[5]. Ce déclin amène les militants du commerce équitable à repenser leur action. À cette époque, sur le marché des matières premières agricoles, les prix s'effondrent.

Des denrées comme le thé, le café, rapidement suivis par les fruits secs, le cacao, le sucre, les jus de fruits, le riz, les épices et la noix de cajou se substituent alors à l'artisanat dans les boutiques du monde. Alors qu'en 1992, les parts relatives de l'artisanat et des denrées alimentaires sont de 80% et 20% dans le chiffre d'affaires des boutiques, en 2002, les parts sont presque inversées, l'artisanat ne représentant plus que 25.4%.[6]

La montée des labels

Jusque-là, le commerce équitable est confiné à de petits espaces, celui des boutiques associatives, en Europe et dans une moindre mesure en Amérique. Le public touché est donc restreint. L'obligation d'aller dans ces boutiques pour n'acheter qu'un ou deux produits est de nature à rebuter même les plus fidèles sympathisants. Le seul moyen d'accroître la clientèle et le chiffre d'affaires du commerce équitable est de proposer les produits dans les supermarchés et hypermarchés de la grande distribution[7]. Encore faut-il trouver un moyen de distribuer les produits en rassurant le consommateur sur leur origine et leur caractère équitable.

Une solution est trouvée en 1988 avec la création du premier label de commerce équitable, Max Havelaar, à l'initiative de deux Néerlandais, Nico Roozen et Frans Van Der Hoff et d'une association néerlandaise également, Solidaridad. Le principe de la certification indépendante permet à des produits d'être vendus en dehors des boutiques du monde, touchant par conséquent un public beaucoup plus vaste et faisant faire un grand bond au chiffre d'affaires du commerce équitable. La traçabilité des produits est assurée. Le consommateur a une garantie qu'à l'autre bout de la chaîne, le producteur y trouve son compte[8]. Alors que les autres initiatives sont fondées sur la confiance qui règne au sein d'une filière spécifique, distincte du marché conventionnel, les labels sont fondés sur l'objectivation et la contractualisation des critères[9].

En France, un certain nombre de critiques ont toutefois reproché à Max Havelaar l'appropriation du terme label, arguant qu'un label doit posséder un agrément des pouvoirs publics. Si l'on s'en tient à ce critère, aucune organisation du commerce équitable ne peut prétendre à l'utilisation du terme label[10].

Les organisations de producteurs, elles, s'engagent à se structurer pour assurer une gestion transparente et démocratiquement contrôlée par leurs membres. Les producteurs doivent aussi respecter un ensemble de critères sociaux et environnementaux. Tous les maillons de la filière équitable - organisations de producteurs du Sud, importateurs, industriels - sont ainsi agréés et contrôlés.

Le label s'applique aussi à des plantations à capital privé. Des standards sociaux et environnementaux spécifiques s'y appliquent. Dans ce cas, la prime est versée à un comité paritaire réunissant employés et direction. Elle doit être utilisée au bénéfice des travailleurs ou des communautés locales.

En 1994, un certain nombre d'associations dont Solidar’Monde, la centrale d'achat d'Artisans du Monde créent de façon informelle une Plate-Forme du Commerce Equitable (PFCE).

Retail Value
Chiffre d'affaires global du commerce équitable[11]
Année Chiffre d'affaires

2005 1 141 570 191
2004 831 523 066
2003 554 766 710
2002 300 000 000
2001 248 000 000
2000 220 000 000

Dans les années qui suivent, un certain nombre d'associations similaires voient le jour en Europe et en Amérique, qui proposent d'autres labels de commerce équitable qui se regroupent finalement sous la bannière de FLO (Fairtrade Labelling Organizations). En 2002, FLO lance une première certification de commerce équitable. En 2007, sous le nom « Max Havelaar », « Transfair » ou « Fairtrade », 20 membres de la FLO utilisent le label commun de International Fairtrade Certification Mark dans 21 pays. Il s'applique à toute une quantité de produits comme le café, le thé, le riz, les bananes, les mangues, le cacao, le coton, le sucre, le miel, les jus de fruits, les noix de cajou, les fruits frais, le quinoa, les épices, du vin, etc.

Fin 2003, FLO sépare son activité de certification en créant l'entreprise FLO-Cert, cherchant ainsi à suivre la norme internationale des certificateurs ISO 65. FLO-Cert s'assure que les cahiers des charges de FLO sont bien respectés, entre autres le fait que les producteurs perçoivent bien le revenu de leurs produits. Celui-ci comprend le prix minimum garanti, qui doit couvrir les coûts d'une production durable, ainsi que le versement aux organisations certifiées d'une prime de développement qu'elles pourront utiliser pour des investissements structurels : création d'école, de centres de santé, achats de terres...

Les standards internationaux de FLO sont l'objet de concertations entre toutes les parties prenantes. Ils comportent des critères économiques, sociaux et environnementaux.

En 2007, 586 organisations de producteurs et travailleurs dans 59 pays du Sud, regroupant plus d'un million de producteurs sont concernés par le label. Les détenteurs de licence sont des importateurs et des industriels qui souscrivent aux standards internationaux du commerce équitable par un contrat qui stipule non seulement le versement du prix minimum garanti mais des relations directes et durables avec les organisations de producteurs et l’acceptation du contrôle de FLO-Cert, l'organisme de certification du label. Ils versent une redevance pour financer la certification. Suivant la norme ISO 65, c'est aussi le cas des organisations de producteurs. Un fonds de certification géré par FLO est prévu pour les organisations qui n'ont pas les moyens d'avancer ces frais.

En plus de la certification sur les produits, une autre organisation, l'IFAT (International Federation for Alternative Trade)[12], propose une certification sur des organisations, ce qui permet à de petites structures de se revendiquer du commerce équitable. Ces petites structures peuvent ainsi offrir leur propre garantie à des produits artisanaux, généralement peu standardisés, produits en petites quantités par une multitude de petits groupes qui ne peuvent pas s’acquitter des coûts de certification.

En 2006 au Québec, les ventes ont augmenté en moyenne de 55 % chaque année, depuis 5 ans[13]. La part du marché est de 2 à 3 % au Québec et de 1 % au Canada.

Définition du commerce équitable (2001)

En 2001, quatre structures internationales de commerce équitable (FLO, IFAT, NEWS, EFTA) proposent une définition du commerce équitable:

« Le commerce équitable est un partenariat commercial fondé sur le dialogue, la transparence et le respect, dont l’objectif est de parvenir à une plus grande équité dans le commerce mondial. Il contribue au développement durable en offrant de meilleures conditions commerciales et en garantissant les droits des producteurs et des travailleurs marginalisés, tout particulièrement au Sud de la planète.
Les organisations du commerce équitable (soutenues par les consommateurs) s’engagent activement à soutenir les producteurs, à sensibiliser l’opinion et à mener campagne en faveur de changements dans les règles et pratiques du commerce international conventionnel.[14] »

L'IFAT (International Federation of Alternative Trade) retient les critères suivants :

  • création d'opportunités pour les producteurs économiquement défavorisés
  • transparence et responsabilité
  • pratiques commerciales
  • paiement d'un prix équitable
  • limites au travail des enfants et interdiction du travail forcé
  • non discrimination, égalité hommes-femmes, liberté d'association
  • conditions de travail
  • formation continue
  • protection de l'environnement

État des lieux du commerce équitable

Le commerce équitable représente une part très marginale du commerce international. On estime que les échanges équitables bénéficient à 1,5 millions de producteurs dans le monde. Il est devenu le marché qui connaît la croissance la plus rapide au monde. L’Europe représente à elle seule près de 60% du marché du commerce équitable mondial et a enregistré en 2005 un chiffre d'affaires de 660 millions d’euros, soit + 154% en cinq ans réalisés dans 79 000 points de vente, dont 55 000 supermarchés. La Suisse et le Royaume-Uni sont en tête avec des parts de marché significatives : 47% du marché des bananes en Suisse, 5,5% du marché du Café au Royaume-Uni. Les magasins spécialisés en commerce équitable sont au nombre de 2 800 et rassemblent 100 000 bénévoles.

Selon le sondage Pèlerin-CCFD / TNS-Sofres publié le 20 avril 2006, 42% des français déclarent avoir acheté des produits « équitables » au cours des douze derniers mois. La croissance du secteur pour 2003/2004 à 103% (83% pour la grande distribution et 115% pour les autres acteurs) et à 38% l’augmentation du nombre de références de produits. Le chiffre d’affaire global, en France, alimentaire et non alimentaire, s’élèverait à 230 millions d’euros.[15] on sait pas encore en 2007, cause de grèves en Amérique

Les producteurs du Commerce équitable

Le commerce équitable bénéficie à 1.5 millions de producteurs dans le monde qui peuvent être grossièrement classés en artisans professionnels et qualifiés, paysans organisés (par exemple producteurs de cacao en Bolivie ou ouvriers dans des plantations de thé en Inde) et enfin artisans très pauvres, marginalisés socialement, souvent socialisés grâce à l'appui des ONG (par exemple, au Népal, 800 artisans travaillent pour l'ONG ACP). [16]

L'enjeu spécifique de l’artisanat

Artisans du Monde, parlant de ses partenaires du sud, classe les producteurs d’artisanat parmi les communautés les plus marginalisées et les plus dépendantes de la filière commerce équitable. Ils sont presque entièrement dépendants de la vente à l’exportation. L'activité artisanale leur est pour eux l'unique source de revenus, permettant à certaines familles d’échapper à l’exode rural. Les militants d'Artisans du Monde associent dans leur vision de leur mouvement une action concrète en faveur du développement des communautés des pays pauvres, et la valorisation de la culture et des savoir-faire de ces communautés. Et ils justifient leur mode de distribution dans les boutiques en notant que le volume de production des communautés avec lesquelles ils travaillent est inférieur au seuil à partir duquel les grandes et moyennes surfaces acceptent de travailler. [16]

Les femmes et le commerce équitable

Toujours selon Artisans du Monde, près de 80% des producteurs partenaires du commerce équitable seraient des femmes. Ces dernières, bien qu’exerçant une activité artisanale, se distinguent pourtant des artisans professionnels. Les chiliennes de la Fondation Solidarité ne savaient pas fabriquer d’arpilleras en 1973, les artisanes de Ramahaleo à Madagascar ne savaient pas couper ni confectionner. Pour certaines d’entre elles, majoritairement les femmes seules avec enfants, le commerce équitable est leur seul revenu possible en dehors de la mendicité. [17]

Productions du commerce équitable

Promotion du commerce équitable (textiles) à Saint-Louis du Sénégal

Promotion du commerce équitable (textiles) à Saint-Louis du Sénégal

À l'origine, les boutiques de commerce équitable touchaient essentiellement à l'artisanat et au textile. Puis la gamme de produit s'est peu à peu diversifiée. Outre les textiles et l'artisanat, au début du XXIe siècle, de nombreux autres produits, généralement de l'alimentation, font aujourd'hui l'objet d’un commerce équitable. Le café est devenu le produit équitable le plus vendu. L'habillement, notamment de coton fait l'objet de nouvelles formes d’échange. La mise en place d'une "garantie" équitable pour le coton, par Max Havelaar, en avril 2005, a contribué à la mise en place de produits de mode issus du commerce équitable. D'autres initiatives, indépendantes de la marque, ont également vu le jour dans la mode. Parmi les pionniers de la mode équitable se trouvent les vêtements Ideo ou encore les baskets Veja. Les engagements sociaux de ces nouvelles marques, souvent associés à des préoccupations environnementales fortes concernent la production des matières premières, leur transformation (filage, tissage) et leur assemblage.

Des gammes de cosmétiques équitables ont également vu le jour. Souvent biologiques et associées à une démarche de respect de l'environnement, certaines d'entre elles ont fondé leur principe sur la valorisation des savoir-faire traditionnels liés aux plantes et à la pharmacopée ancestrale. C'est le cas de Forest People ou encore Guayapi qui proposent des produits directement issus de ces recettes traditionnelles (Amazonie, Sri Lanka, Madagascar, Maroc, Burkina Faso...). Les objectifs revendiqués par ces associations sont toujours de valoriser et pérenniser des savoir-faire traditionnels, de maintenir ouverts des ateliers familiaux tout en favorisant la biodiversitéet et en luttant contre la déforestation.

Critiques et Débat

Point de vue des défenseurs du commerce équitable

Le commerce équitable consiste en une relation commerciale globale créant les conditions d'un véritable développement pour les plus défavorisés. Au-delà d'une question de prix, la démarche cherche à créer les conditions d'une autonomisation des organisations de producteurs. C'est l'organisation de type coopératif qui doit en être l'instrument. Ces organisations doivent être bien gérées et contrôlées par leur base pour faire les investissements nécessaires à l'exportation la plus directe possible. Le commerce équitable cherche à créer ces conditions afin que, même sur le marché conventionnel, les producteurs parmi les plus vulnérables du marché renforcent leur position sur les marchés d'exportation.

Selon ses défenseurs, le produit du commerce équitable ne devrait pas nécessairement être plus cher qu'un produit conventionnel. Seule la répartition des coûts et des bénéfices change. Le surcoût payé aux producteurs serait compensé par le moindre coût payé aux intermédiaires. En réalité, on constate généralement un prix un peu plus élevé, dépendant principalement des volumes distribués. On demande au consommateur de faire un choix éthique en acceptant de payer ce surcoût. Le consommateur est ainsi invité à assumer la responsabilité d'un meilleur équilibre des rapports "Nord-Sud" et, dans certains cas, d'une action en faveur de l'environnement, comme ce peut être le cas pour l'agriculture biologique.

Cette forme alternative de commerce bénéficie ainsi à plus de 1,5 millions producteurs et artisans, qui font vivre plus de 5 millions de personnes, dans plus de 50 pays à travers le monde.

La critique des altermondialistes

Selon certains courants altermondialistes, le commerce équitable contribuerait à masquer ce qu'ils considèrent comme un problème : la réduction de la part de l'agriculture vivrière au profit des cultures d'exportation, ce qui rendrait dépendantes des achats du Nord des populations qui pourraient développer leur souveraineté alimentaire indépendamment des habitudes de consommation des pays dits « riches ». De là l'importance de consommer des produits locaux. De plus, même dans le cas du commerce équitable, ces courants estiment que la part qui revient au producteur reste minime dans la décomposition du prix du produit final.

Le commerce équitable est également critiqué du point de vue des consommateurs, qui s'allègent la conscience, en consommant ces produits.

Dans son livre Les coulisses du commerce équitable, Christian Jacquiau doute de la bonne foi de certains labels de commerce équitable en arguant de la réalité des prix, bien en-deçà de l'équivalence escomptée, laissant supposer que ces nouveaux intermédiaires prélèvent autant que les autres qu'ils décrient et qu'ils cherchent à concurrencer. Il déclare également que le « commerce équitable n'est qu'un argument de vente comme un autre » et qu'il constitue une « niche » commerciale supplémentaire qui permet de différencier un produit d'un autre aux yeux du consommateur final. Toujours selon Christian Jacquiau, Max Havelaar est l'exemple même de ce type de commerce équitable « marketing », contrairement à d'autres branches du commerce équitable comme Minga et Ingalañ, dont il présente une plaisante image.

Cette présentation du débat politique qui traverse le mouvement du commerce équitable comme « une lutte homérique entre le Bien (Minga) et le Mal (Max Havelaar et ses alliées les transnationales) » a elle-même été critiquée et présentée comme caricaturale au sein même du mouvement altermondialiste[18].

Commerce équitable et grande distribution

En France, une partie des acteurs du commerce équitable ont choisi de commercialiser les produits au travers de la grande distribution. C'est le cas de produits labellisé par l'association Max Havelaar en 1999, et notamment de la gamme Ethiquable et Alter Eco. Les premières chaînes de magasins qui ont mis en vente des produits issus du commerce équitable sont : Monoprix en 2002 et Cora en 2003. Les autres enseignes suivent au fil de leur degré d'engagement et de la demande des « consommateurs  » Atac, Auchan, Carrefour, Champion, Géant, Hyper/Super U, Intermarché, Leclerc, Supermarché Match.

Ce choix a fait l'objet de nombreuses discussions au sein du mouvement du commerce équitable et suscite toujours des débats. La fédération Artisans du Monde, l'association Artisanat SEL[19], qui fournit en partie leurs magasins, et l'association Minga et Breizh Ha Reizh, la fédération bretonne sont les principaux tenants d'une commercialisation hors grande distribution.

Le mouvement du commerce équitable (aspect institutionnel)

Les organisations de commerce équitable sont regroupées dans des fédérations nationales et internationales, qui ont des fonctions de coordination et de promotion du mouvement.

Au niveau international existent différentes fédérations ; leur diversité est à l'image de la diversité des acteurs du commerce équitable :

  • l'IFAT (International Federation for Alternative Trade - ou International Fair Trade Association), qui existe depuis 1989, est généraliste. Elle a lancé en 2004 la certification FTO (Fair Trade Organization), qui a pour caractéristique essentielle de certifier commerce équitable non pas des produits mais des organisations. En 2007, l'IFAT compte neuf membres français, dont la PFCE, l'association Artisanat SEL[20], Alter Eco, la fédération Artisans du Monde, et Solidar’Monde.
  • l'EFTA (European Fair Trade Association) rassemble depuis 1990 onze importateurs de produits du commerce équitable européens. L'entreprise Solidar’Monde est le membre français de l'EFTA.
  • le réseau NEWS (Network of European Worldshops) rassemble depuis 1994 les différents réseaux nationaux de magasins spécialisés. La fédération Artisans du Monde était le membre français de NEWS, mais elle s'en est retirée fin 2006.
  • l'association FLO (Fairtrade Labelling Organizations) rassemble depuis 1997 les organismes de labellisation du commerce équitable. La certification FLO porte sur les produits et non sur les entreprises. L'association Max Havelaar France est le membre français de FLO.

Ces quatre fédérations sont regroupées en 1998 dans un réseau informel nommé FINE, pour : Fairtrade Labelling Organizations, International Federation for Alternative Trade, Network of European Worldshops et European Fair Trade Association.[21]

En France, la Plate-forme française pour le commerce équitable rassemble depuis 1997 la plupart des grandes organisations de commerce équitable. Mais en 1999 s'est aussi constitué Minga un regroupement de plusieurs dizaines de structures œuvrant pour le développement d'une exigence d'équité économique et sociale tout au long des filières.


Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • Virginie Diaz Pedregal, Commerce équitable et organisations de producteurs. Le cas des caféiculteurs andins au Pérou, en Equateur et en Bolivie, Paris, L'Harmattan, 2006, 288 p. (ISBN 2-296-01976-5)[22].
  • Virginie Diaz Pedregal, Le Commerce équitable dans la France contemporaine. Idéologies et pratiques, Paris, L'Harmattan, 2007, 268 p. (ISBN 2-296-02708-4)
  • Sylvie Mayer, Jean-Pierre Caldier (sous la direction de), Le guide de l'économie équitable , Paris, Fondation Gabriel Péri, 2007, 359 p. (ISBN 2-916374-08-6)
  • Frans van der Hoff, Nous ferons un monde équitable, Flammarion, 240 p., 2005.
  • Nico Rozen, Frans van der Hoff, L'Aventure du commerce équitable, une alternative à la mondialisation, J.-C. Lattès, 280 p., 2002.
  • Tristan Lecomte, Le Commerce équitable, Éditions d'Organisation, 2004. (ISBN 2-7081-3548-1).
  • C. Chauveau et C. Eberhart, Étude du commerce équitable dans la filière café en Bolivie, CICDA, France, mai 2002. ; J. Loeuil, Étude de l’impact du commerce équitable sur les organisations et familles paysannes et leurs territoires dans la filière café des Yungas de Bolivie, AVSF, France, décembre 2005.
  • Ph. Robert-Demontrond (ed.), La gestion des droits de l'homme, Éditions Apogée, 2006. (ISBN 2-84398-2006-5)
  • Y. Noiseux, Répertoire des acteurs du commerce équitable, CEPS, UQAM. (ISBN 2-89605-163-5)[23]
  • Murat Yilmaz, Le Commerce équitable, United nations research institute for social development, Genève, décembre 2005. 22 pages. (ISBN 1020-8178)
  • Christian Jacquiau, Les coulisses du commerce équitable, édition mille et une nuits, 473 p., 2006. (ISBN 2-84205-959-X) [24].
  • Association Minga, Vers un commerce équitable, Éditions des presses du temps qu'il fait, septembre 2005, livret de 48 pages.
  • Kattell Pouliquen Le Commerce équitable, 2003 Éd. Marabout, 128 pages, guide pratique du commerce équitable (orienté France, Belgique)
  • Max Havelaar France, Une dynamique de développement - Panorama de la garantie Max Havelaar pour les producteurs du Sud, novembre 2005, 96 pages[25].

Liens externes

Notes et références

  1. ab [pdf]Kai Hockerts,The Fair Trade Story, INSEAD Fontainebleau, 2005
  2. Christian Jacquiau, Max Havelaar ou les ambiguïtés du commerce équitable, [html] Le Monde diplomatique, septembre 2007
  3. Fédération Artisans du Monde, É-Changeons le monde, 1999
  4. Fédération Artisans du Monde, É-Changeons le monde, 1999, p.134
  5. wiki anglaise, qui cîte Redfern A. & Snedker P. ,Creating Market Opportunities for Small Enterprises: Experiences of the Fair Trade Movement, International Labor Office, 2002 p6
  6. wiki anglaise, qui cîte: Nicholls, A. & Opal, C., Fair Trade: Market-Driven Ethical Consumption,Sage Publications, 2004
  7. Wiki anglaise : Renard, M.-C., Fair Trade: quality, market and conventions Journal of Rural Studies, 19, 2003, p.87-96
  8. wiki anglaise, qui cîte! Redfern A. & Snedker P. ,Creating Market Opportunities for Small Enterprises: Experiences of the Fair Trade Movement, International Labor Office, 2002 p.7
  9. Virginie Diaz Pedregal, « Le commerce équitable : un des maillons du développement durable ? », Développement durable et territoire, Dossier 5 : Économie plurielle, responsabilité sociétale et développement durable, mis en ligne le 10 janvier 2006. [1]
  10. Voir sur ce sujet Jacquiau, op. cit.
  11. Fairtrade Labelling Organizations International (2006). Annual Reports 2000, 2001, 2002, 2003, 2004, 2005. URL accessed on October 4, 2006.
  12. [pdf]Présentation Artisans du Monde Février 2007
  13. Le Devoir, Claude Turcotte, Le commerce équitable en pleine phase d'expansion - Autant au Québec qu'en France, les gros noms de l'alimentation entrent dans la danse, 13 et 14 mai 2006, page C1 et C5.
  14. Définition du commerce équitable: définition tirée du site Internet d'Artisans du monde.
  15. L’état des lieux de l’activité économique du commerce équitable en France en 2004, étude réalisée par le Ministère des affaires étrangères, la Direction Générale de la Coopération Internationale et du Développement (DGCID) et Altervia Consulting en collaboration avec la Plate-forme française pour le commerce équitable, publiée en 2006 .
  16. ab site Artisans du Monde, "Partenaires du sud"
  17. site de la quinzaine 2005 du commerce équitable Artisans du monde
  18. Voir, l'article de Thomas Coutrot
  19. site d'Artisanat SEL
  20. site d'Artisanat SEL
  21. le site de la fédération Artisans du Monde
  22. Un article est disponible en ligne dans la revue Développement durable et territoires : Lecture
  23. [pdf]Répertoire des acteurs du commerce équitable
  24. Critique du livre sur transformaction.free.fr
  25. [pdf]