Management et temps de travail le Medef dort sur ses certitudes ultralibérale




La France qui se lève tôt et qui travaille tard, la France au « forfait jour » est allée réveiller le Medef avenue Bosquet mardi dernier (voir les deux vidéos plus loin sur le site ).


   Lundi 27 Octobre 2008

L’opération « Réveil Matin » organisée par la CGT des ingénieurs, cadres et techniciens n’avait pas pour but de rassembler des foules, mais de capter l’attention des médias afin de donner un écho à la pétition contre le travail sans limites. Et l’objectif est atteint puisque la presse a repris l’information dans la matinée.

La pétition lancée en juillet a recueilli 10 250 signatures pour exiger le maintien de la réduction du temps de travail pour les cadres ainsi qu’une amélioration de ses modalités.

Devant le siège du patronat, la secrétaire générale de l’Ugict- CGT a donné une conférence de presse pour dénoncer la réalité du travail des cadres : « entre 44 heures et 48 heures par semaine ». Les cadres vivent « entre surcharge de travail et stress au travail. Ils vivent la souffrance au travail avec un nombre de plus en plus élevé de suicides au travail. Nous voulons réveiller le Medef pour lui montrer cette réalité du travail des cadres. Nous voulons lui montrer que nous serons tenaces pour le maintien de la RTT des cadres et nous voulons aussi lui dire que nous voulons faire bouger le management des entreprises qui est à l’origine de la crise financière que nous connaissons aujourd’hui ».


Dans nos entreprises, l’individualisation des carrières et la progression au mérite ont généré un affaiblissement des garanties collectives. La reconnaissance de la qualification est suspendue à une course sans fin aux résultats, tandis que les contrats d’objectifs percutent de plus en plus souvent l’éthique. Le devoir de loyauté confisque l’esprit critique et bride l’innovation. La souffrance au travail ne cesse d’augmenter alors qu’il devrait être source de bien-être. Il faut en finir avec les heures supplémentaires non reconnues et non payées, avec l’intensification et la pénibilité au travail, avec le stress permanent, avec le développement des risques psychosociaux, avec le recours aux substances dopantes et psychotropes, avec les suicides au travail, avec la course à la performance.

Le texte de loi adopté au cœur de l’été contre l’avis des « partenaires sociaux » qui avaient écarté cet aspect de la négociation sur la représentativité syndicale, s’oppose aux aspirations des cadres et des techniciens. En effet, le temps de travail sans limites percute de plein fouet la recherche d’un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Allonger le temps de travail de l’encadrement relève de l’indécence, au moment même où les exemples d’atteintes à la santé et de suicides se multiplient. La loi permet aux entreprises de remettre en cause la RTT, mais l’Ugict-CGT ne laissera pas faire. La CGT des cadres et techniciens a annoncé la création d’un « collectif de vigilance RTT » avec une page en ligne sur son site Internet pour identifier les entreprises qui ont décidé de renégocier les accords de temps de travail et suivre ces renégociations.
 

Septembre 2008

Une rentrée sous le signe de l’action



Il y a peu, le président de la République fraîchement bombardé président de l’Union européenne se targuait de gouverner un pays sans grèves. Certes, et pour faire simple, les trains roulent.
  
Lundi 08 Septembre 2008
Mais pour autant, la rentrée sociale ne se fait pas dans le velours. D’abord, parce que les salariés sont partis avec leurs problèmes en vacances et qu’ils ont eu à souffrir plus que jamais d’un pouvoir d’achat en berne. L’insatisfaction sociale, les inquiétudes face au chômage, les indicateurs d’une récession économique, l’absence de politique économique de redressement, l’annonce du maintien et de l’accélération du rythme des réformes, les reculs du service public sont les ferments d’une rentrée sociale pas si sereine qu’il n’y paraît. La souffrance des salariés n’a jamais été aussi grande et il n’est pas exagéré de parler de souffrance sociale.

Cette souffrance, dans nos catégories cadres, ingénieurs, techniciens, agents de maîtrise, va s’aiguiser encore avec la possibilité offerte aux patronat de remettre en cause les règles du temps de travail et imposer à tous ou presque le « forfait jours ». Elle est attisée par les menaces sur l’emploi avec des annonces de plans d’économies et des délocalisations dans l’industrie.

Evidemment, il dépendra beaucoup des organisations syndicales de démentir les éditorialistes qui pronostiquent une rentrée molle en spéculant sur leur incapacité à s’entendre sur l’essentiel, notamment en raison d’un contexte d’élections prud’homales le 13 décembre.

D’ores et déjà, c’est l’unité qui prévaut, avec des appels communs à la SNCF contre le dumping social le 3 septembre dernier, chez les retraités le 16 octobre prochain pour le pouvoir d’achat, à la Poste contre la privatisation le 23 septembre, dans l’Éducation contre la politique budgétaire et les suppressions d’emplois. Par ailleurs, les syndicats français ont décidé de mettre tout en œuvre pour parvenir à des mobilisations d’ampleur, dans tout le pays le 7 octobre, à l’occasion de la Journée Mondiale pour le Travail Décent, organisée par la Confédération Syndicale Internationale (CSI). Ils ont décidé de faire de ce 7 octobre une journée nationale d’action interprofessionnelle sur les revendications sociales de cette rentrée et pour peser positivement afin de changer la mondialisation. A Paris, cette journée sera marquée par un grand rassemblement place du Trocadéro avec la participation des leaders syndicaux mondiaux, européens et français.

Comme en attestent les enquêtes d’opinion, le mécontentement est grand, le gouvernement est jugé incapable d’améliorer la situation et de répondre aux attentes, et son empressement à réformer (il faudrait dire : à tout casser) n’est pas du tout plébiscité comme l’affirme le président. L’attente est forte en revanche vis-à-vis des organisations syndicales et comme en atteste le sondage de l’Humanité Dimanche (voir ci-dessous), ils sont disponibles pour agir, particulièrement sur la question des salaires et des retraites. 


 Juillet/Août 2008

 On ne se laissera pas faire !


L’adoption par l’Assemblée des articles de la loi sur la représentativité qui réforment en profondeur les règles du temps de travail a été clairement perçue par les cadres et les salariés les plus qualifiés comme une nouvelle menace sur leur temps de travail.

Télécharger le dossier "Un projet de loi inacceptable"

L’élargissement du champ d’application des fameux « forfaitsjours » - contre lesquels l’Ugict-CGT s’est toujours élevée - va permettre aux entreprises de généraliser une sorte de travail gratuit qui ira bien au-delà des seuls cadres et de ceux dont il est prétendument difficile d’évaluer le temps de travail.

Mais ce texte est adopté alors que l’on sait combien les cadres sont attachés à leur RTT.

Six sur dix (huit sur dix chez les femmes) refusent d’échanger leurs jours de RTT contre rémunération.

Quarante-cinq pour cent des cadres estiment par ailleurs leur charge de travail excessive.

Pour l’Ugict-CGT, « l’offensive gouvernementale actuelle contre le temps de travail de l’encadrement relève de l’indécence.

Après la mise en place de forfait-jours sans limites horaires, c’est maintenant à la suppression des limites en jours s’attelle le gouvernement, tout entier au service du Medef pour qui l’exploitation de la matière grise est un gisement de profit majeur ».

L’organisation spécifique des ingénieurs, cadres et techniciens de la CGT ne compte pas refermer le dossier après  ce vote à l’Assemblée.

Car la loi ouvre une porte au patronat, et il va désormais falloir se battre pour l’empêcher de mettre le pied dans la porte pour faire passer dans les entreprises de mauvais accords avec des syndicats minoritaires.

L’Ugict-CGT lance une pétition nationale pour exiger :

• le respect des accords de RTT conclus entre les syndicats et les employeurs en n’obligeant pas à les renégocier si ceux-ci donnent satisfaction ;

• de garder le plafond maximum actuel de 218 jours pour les forfaits-jours, qu’il y ait accord ou non ;

• de ne pas étendre le champ d’application des forfaits-jours ;

• le droit au décompte horaire quel que soit le type de forfait.

Partout où cette pétition est proposée, elle rencontre un accueil favorable auprès de nos collègues car elle touche à une forte préoccupation.

Dans un contexte de management standardisé, fondé sur la pression des objectifs et la mesure de la performance financière, ce texte risque de conduire à une intensification du travail considérable, avec son lot de stress, de pression psychologique et malheureusement, comme on l’a déjà trop vu, de suicides.

Alors que le président de la République ironise sur l’invisibilité des grèves en France, il vient de prendre le risque de voir s’ouvrir un nouveau front social dans les entreprises sur cette question du temps de travail.

On a vu à quel chantage le patronat est prêt pour imposer la suppression des RTT.

Il va falloir être clairement très offensif pour ne pas laisser passer la loi dans la vie.