La France des 35 heures est un mythe
LE MONDE | 07.08.08 | 15h15
La France des 35 heures n'est plus qu'un mythe. Bien avant que le gouvernement ne propose de nouvelles dispositions pour vider les lois Aubry de leur contenu, les salariés s'étaient mis au diapason des normes européennes. Selon l'enquête Emploi de l'Insee pour 2007 dont les résultats ont été publiés mercredi 6 août, le temps de travail à temps complet est en moyenne de 41 heures. Avec, il est vrai, des écarts considérables.
Ces disparités ne sont pas nouvelles. Le fossé se creuse entre les catégories sociales quant à la perception réelle des 35 heures. L'étude de l'Insee ne précise pas si cette augmentation réelle du temps de travail s'est accompagnée d'une hausse du pouvoir d'achat, selon le slogan présidentiel du "travailler plus pour gagner plus".
La photographie du marché du travail en 2007 reflète une autre réalité, beaucoup plus inquiétante : celle d'une France à deux vitesses entre les salariés qui occupent un emploi permanent en contrat à durée indéterminée - 19,8 millions de salariés parmi une population active de 27,84 millions de personnes - et les 12 % d'entre eux, soit quand même 3,1 millions, en contrat précaire, CDD, stages, apprentissage...
Autre facteur de fragilité sociale : une femme salariée sur trois est employée à temps partiel, en moyenne plus de 23 heures par semaine. Cette formule, qui concerne 17 % de la population active, relève sans doute d'un choix parmi les employées, notamment dans la fonction publique. Mais un tiers des femmes soumises aux "horaires aménagés", dans le nettoyage, le commerce, les services personnels et domestiques, aimerait travailler davantage. C'est aussi le cas de 41 % des jeunes de moins de 25 ans qui ne se satisfont pas des "petits boulots" auxquels ils sont contraints pour entrer dans la vie active.
L'enquête de l'Insee constate la baisse du chômage qui touche encore 2,2 millions de personnes, soit 8 % de la population active. Là aussi, cette moyenne révèle d'importantes disparités. Avec un taux de 3,3 %, la proportion de cadres sans emploi atteint un chiffre record. Mais le chômage reste massif parmi les ouvriers (9,5 %) et surtout les ouvrières (16 %), ainsi que les non-diplômés (13,2 %).
Le constat est tout aussi inquiétant pour les chômeurs de plus de 50 ans : 60 % d'entre eux sont sans emploi depuis plus d'un an et 38 % depuis plus de deux ans. Cette réalité devrait inquiéter le gouvernement, qui souhaite augmenter le taux d'activité des seniors et relever progressivement le seuil de la dispense de recherche d'emploi pour les plus de 57 ans.
Selon l'Insee enfin, plus de 99 % des inactifs retraités ou préretraités de moins de 65 ans déclarent ne pas souhaiter travailler, notamment après 60 ans.
Michel Delberghe

LOI SUR LE TEMPS DE TRAVAIL :
PRÉCISIONS À L’ATTENTION DU MINISTRE XAVIER BERTRAND
Sous prétexte du « rajout » du Sénat : « les forfaits-jours peuvent être allongés (235
jours à 282 jours) dans le respect des jours fériés chômés conclus dans les
conventions collectives ».
Ce lifting médiatique du ministre ne trompe personne.
Ce rajout du Sénat ne change rien pour deux raisons fondamentales : d’une part, mathématiquement, pour atteindre les 235 jours, ou on supprime les jours fériés, sauf le 1er mai, seul jour légalement chômé, ou bien on retire 7 jours de congé soit la suppression de la 5e semaine de congé + deux jours de congé.
D’autre part, le ministre n’est pas sans savoir que 90 % des conventions collectives ne contiennent aucun accord sur les jours fériés chômés.
Ceux-ci sont fonction des « usages » entreprise par entreprise et restent donc au seul bon vouloir de l’employeur.
Face à une modification profonde de la situation professionnelle et familiale imposée par la loi – si elle était appliquée dans les entreprises – qui toucherait au-delà des cadres de nombreux salariés, un débat public – qui n’a jamais encore eu lieu – s’impose.
La secrétaire générale de l’Ugict-CGT se tient à la disposition de Monsieur le ministre pour y participer.


Ce qui a poussé les sénateurs à « arrondir » la présentation de l’addition aux cadres dans la loi en rajoutant « prise en compte des congés fériés et chômés dans les accords d’entreprises existants ».

Nous ne nous contenterons pas d’un lifting médiatique de la loi, nous voulons la rendre inapplicable dans les entreprises et administrations. Il s’agit donc de donner aux cadres les moyens d’exprimer et d’agir à tous les niveaux contre le temps de travail sans limite.

C’est ainsi que l’on recense près de 4 500 signatures de la pétition électronique UGICT-CGT-UFICT Métallurgie en une semaine et des distributions de milliers de tracts dans les entreprises.
Parce que cette loi est à la fois archaïque au plan social et contreproductive au plan économique, nous ne ferons pas notre deuil des RTT des cadres, de ce qui pourrait constituer une référence dégradée étendue à tous les salariés.
Une chose est l’adoption à la hussarde d’une loi inique en plein été, autre chose est son application dans les entreprises et administrations.
C’est pourquoi l’Ugict-CGT propose
- de poursuivre les signatures de la pétition et dans la foulée une initiative de l’encadrement à la rentrée.
- D’organiser des débats avec pour support la consultation nationale sur le travail des cadres et des professions techniciennes afin de construire avec eux des propositions qui leur permettent de maîtriser leur temps de travail,de mettre pleinement en œuvre toutes leurs compétences, d’assurer un équilibre entre vie professionnelle et vie privée.
- De poursuivre les contacts avec les autres organisations syndicales afin deconstituer un front commun syndical.
Contact : Marie-José Kotlicki 06 89 33 72 56
Union générale des Ingénieurs, Cadres et Techniciens Cgt (Ugict-CGT)
263 rue de Paris, Case 408, 93516 Montreuil Cedex
Tél. : 01 48 18 81 25
Fax : 01 48 51 64 57
E-Mail ugict@cgt.fr
Internet www.ugict.cgt.fr
