Des techniciens bientôt ingénieurs Les acquis professionnels vous font évoluer
Un technicien bénéficiant de trois ans d'expérience professionnelle dans une entreprise peut tenter de décrocher, en suivant une formation VAE, un diplôme ou un certificat de qualification reconnu par l'Etat et lui donnant accès au statut cadre.
Formations
Vous n’êtes peut-être pas au courant, mais si vous travaillez pour une entreprise de taille importante, il est fort possible que des programmes de formation annuels soient mis en place pour faire profiter les salariés de l’entreprise du “passage cadre”. C’est à la porte du directeur des ressources humaines ou du directeur de la formation que vous devrez frapper.
Ce qui était difficilement imaginable voilà encore vingt ans est aujourd’hui possible : les salariés possédant le statut de technicien peuvent désormais, avec quelques années d’expérience en poche, se servir de la formation continue ou formation tout au long de la vie, pour obtenir un diplôme d’ingénieur et/ou passer cadre. Retourner sur les bancs de l’école n’est pas obligatoire, la preuve… Plusieurs possibilités sont offertes aux techniciens (niveau bac + 2) pour évoluer : en suivant une formation diplômante – à l’université ou dans une grande école – ou bien en passant par le système de la VAE.
La VAE ou la reconnaissance de vos compétences acquises
La VAE, ou validation des acquis de l’expérience permet à toute personne engagée dans la vie professionnelle depuis au minimum trois ans de faire reconnaître, officiellement (ce dispositif est désormais inscrit dans le code du travail), les compétences professionnelles qu’elle a développées. Comment ? Par l’obtention d’un titre, d’un diplôme ou d’un certificat de qualification. Evidemment, l’expérience professionnelle doit être en rapport avec le contenu du titre visé. Si vous exercez depuis plusieurs années en informatique, vous pourrez par exemple difficilement prétendre à un diplôme supérieur en microélectronique ! En revanche, d’une fonction de maintenance pure, vous pourriez passer à des responsabilités d’encadrement de projets. La VAE consiste à présenter un dossier de preuves devant un jury. Attention, il s’agit d’une réelle mise à plat et d’un vrai travail de longue haleine… mais qui en vaut la peine ! Pour vous aider dans votre quête, un point relais conseil peut vous guider. La liste de tous les points relais conseil en France est disponible sur le www.centre-inffo.fr.
De la difficulté à devenir
cadre par promotion
Manuella Baraton, division Exploitation des fichiers administratifs
sur l’emploi et les revenus, Insee
Entre 1978 et 2001, pour un salarié du secteur privé ou semi-public, la probabilité de devenir cadre par progression de carrière a diminué, alors même que le poids des cadres dans l’éco- nomie triplait. De plus en plus de jeunes entrent sur le marché du travail avec un statut de cadre ou avec un niveau de di- plôme suffisamment élevé pour leur per- mettre de trouver rapidement un emploi d’encadrement. Indépendamment de la période, la promotion est plus facile pour les professions intermédiaires que pour les employés ou les ouvriers. Les per- sonnes promues cadres sont mobiles géo- graphiquement, et l’Île-de-France demeure la région la plus attractive. Enfin, même à caractéristiques individuelles et profes- sionnelles comparables, la probabilité pour une femme d’être promue cadre reste inférieure à celle des hommes. Entre 1978 et 2001, la tertiarisation de l’éco- nomie a entraîné de profondes modifications dans la structure des catégories sociales (CS) : la proportion d’ouvriers était de 56 % en 1978, elle est de 37 % en 2001. Le poids des employés est resté relativement stable. En revanche, les professions intermédiaires et les cadres représentent près de deux salariés sur cinq en 2001. La part des cadres dans l’emploi salarié a presque triplé en 23 ans : 6 % en 1978, 16 % en 2001.
De plus en plus de cadres, mais plus jeunes.
Deux tiers des cadres de 1989 étaient classés dans une autre catégorie socioprofessionnelle, dix ans auparavant. Ce n’est plus le cas en 2001. En effet, la moitié des cadres l’étaient déjà en 1989 (graphique). Parallèlement, la proportion de cadres parmi les moins de 26 ans a considérablement augmenté : en 1978, 1 % des salariés de moins de 26 ans étaient cadres ; en 2001, ils sont 6 %. Ces deux phéno- mènes, conjugués au fait que le nombre de cadres a augmenté fortement depuis 1978, semblent montrer que l’accès à la catégorie sociale des cadres est de plus en plus lié à la formation initiale.
Entre 1978 et 1989, les promotions comme cadres étaient plus fréquentes aux âges inter- médiaires (31-40 ans), pour les hommes comme pour les femmes. Sur cette période, les moins de 31 ans présentent les taux de promotion les plus faibles. En revanche, entre 1989 et 2001, c’est avant 31 ans que la probabilité de promotion est la plus grande, surtout pour les hommes. Beaucoup de jeunes sont plus diplômés que nécessaire pour les premiers postes qu’ils occupent. On peut supposer qu’é- tant donné leur niveau d’études, ils seront promus cadres après quelques années d’expérience.
Les professions intermédiaires et les employés avantagés par rapport aux ouvriers
La catégorie socioprofessionnelle d’ori- gine influence fortement la probabilité d’être promu cadre. Le niveau de diplôme est aussi un critère particulièrement discriminant. Bien sûr, niveau de diplôme et catégorie socioprofessionnelle d'origine sont fortement liés.
Avoir appartenu à la catégorie « profes- sions intermédiaires » est un sérieux atout pour une promotion comme cadre : entre 1978 et 1989, parmi les individus promus cadres, 55 % étaient membres des professions intermédiaires ; entre 1989 et 2001, 64 %.
En affinant l’analyse des catégories socioprofessionnelles, on peut mettre en évidence des trajectoires probables : par exemple, les salariés de niveau maîtrise (des techniciens de force de vente, représentants, chargés de clientèle ban- caire, conseiller en assurance et épargne...), classés dans la catégorie des « Professions intermédiaires administratives et commerciales des entreprises », sont assez logiquement promus dans la catégorie des « Cadres administratifs et commerciaux d’entre- prises » qui regroupe les cadres spécia- listes des fonctions administratives et financières, cadres commerciaux, cadres des opérations bancaires. En effet, 23 % des cadres de 1989 et 19 % de ceux de 2001 faisaient partie des « Professions intermédiaires administra- tives et commerciales des entreprises », onze ou douze ans plus tôt.
Toutes choses égales par ailleurs, quelle que soit la période considérée, les employés ont plus de chance d’être pro- mus cadres que les ouvriers : sur la période 1978-1989, 27 % des individus promus cadres étaient employés en 1978 et 18 % étaient ouvriers ; sur la période 1989-2001, ces proportions deviennent respectivement 22 % et 14 %.
Les individus les plus souvent promus cadres sont également plus mobiles géographiquement (tableau 1), sans que l’on puisse dire, à ce stade, s’il y a rela- tion de causalité entre les deux événe- ments, et si oui, dans quel sens celle-ci s’établit. On peut, en effet, changer de département à l’occasion d’une promo- tion, comme on peut rencontrer de nou- velles occasions de promotion parce qu’on a accepté de changer de cadre de vie.
De la même façon, les plus promus ont également plus souvent changé d’entre- prise au cours de la période, mais le sens de la causalité se pose de la même manière que pour la mobilité géogra- phique.
Finalement, 41 % des individus promus cadres ont changé d’entreprise, mais pas de département de résidence, entre 1978 et 2001.
Les années quatre-vingt semblent avoir été plus propices pour être promu cadre que les années quatre-vingt-dix. C’est particulièrement vrai pour les hommes, mais beaucoup moins pour les femmes. Cependant, les cadres étant de plus en plus nombreux et plus jeunes en moyenne, la probabilité de devenir cadre par promotion diminue mécaniquement, le nombre de postes de cadres n’aug- mentant pas dans des proportions com- parables. D’autre part, de plus en plus de jeunes sortent du système éducatif avec un niveau de diplôme qui leur per- met théoriquement d’occuper un poste de cadre, ce qui affaiblit d’autant les chances des non-cadres.

Les femmes sont moins souvent promues cadres
L’accès des femmes par promotion à la catégorie sociale des cadres reste diffi- cile : toutes choses égales par ailleurs, les femmes sont dans l’ensemble moins promues que les hommes, même si leur retard se réduit légèrement dans les années quatre-vingt-dix (tableau 1). On calcule un taux de promotion féminin théorique (définition) si elles avaient les mêmes caractéristiques que les hom- mes. Or, le taux théorique ainsi obtenu est inférieur au taux de promotion fémi- nin observé. Cela signifie que les fem- mes, si elles avaient les mêmes caractéristiques que les hommes, seraient moins souvent promues cadres qu’elles ne le sont effectivement (tableau 2). Par exemple, si la proportion d’ouvrières dans la population était la même que celle des ouvriers, les fem- mes ouvrières seraient moins promues cadres qu’elles ne le sont réellement. De la même façon, si les femmes vivaient en Île-de-France dans les mêmes pro- portions que les hommes, elles devien- draient moins souvent cadres. En outre, en 1990, parmi les jeunes entre 26 et 33 ans détenant un diplôme supérieur à « bac+2 », 76 % des hommes sont cadres, contre seulement 55 % des fem- mes (bibliographie). Ainsi, bien qu’elles soient plus diplômées que les hommes, les femmes sont moins souvent pro- mues cadres. Ce ne sont donc pas leurs caractéristiques observables (ou celles de leurs entreprises) qui expliquent la moindre promotion des femmes.
Au contraire, si, en pratique, le taux effectif de promotion est supérieur au taux théorique (calculé), c’est parce que les femmes cumulent des atouts pour être promues cadres, même s’ils ne sont pas suffisants pour leur assurer autant de promotions que les hommes. Elles sont en effet plus souvent employées (sur la période 1978-1989, 55 % des femmes sont des employées en 1989, contre 11 % des hommes) alors que les hommes sont plus souvent ouvriers (dans la période 1989-2001, 49 % des hommes étaient des ouvriers qualifiés en 1989, contre 9 % des femmes). Par ailleurs, en 1982, 37 % des employées et ouvrières avaient un niveau de diplôme supérieur au CAP-BEP, contre seulement 21 % de leurs homologues masculins. Autre atout des femmes, elles vivent plus souvent en Île-de-France que les hommes : entre 1989 et 2001, 26 % des femmes résidaient en Île-de-France contre 19 % des hommes. Elles travaillent plus souvent dans le secteur des services que les hommes : entre 1989 et 2001, 37 % des femmes travaillent dans le secteur des services, contre 25 % des hommes. Les femmes possèdent des caractéristiques en ter- mes de diplôme, de catégorie sociale, de résidence, plus favorables à la promo- tion que les hommes, mais sont en pra- tique moins promues : ceci s’explique par des caractéristiques (de l’individu ou de l’entreprise) non observées ou par une discrimination sexiste.
Pour voir tout l'article avec les tableaux :
http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/IP1062.pdf#search=%22%22Manuella%20Bar