Une
formule présentant une opportunité
limitée à 2008 qui ne règle pas
la question
urgente des retraites !
Le contexte social
Le dossier des retraites fait partie des contentieux les plus graves qui opposent les intérêts du patronat et des salariés.
A partir de 1993, le gouvernement Balladur a porté de fortes atteintes au régime de retraite « par répartition » (1), système qui avait assuré et assure encore des pensions aux salariés de manière efficace.
Mise en place après 1945, la « répartition » se substituait à la « capitalisation » (2) dont les systèmes s’étaient lamentablement écroulés dans la foulée de la crise financière de 1929 (on est reparti pour un tour) et de la seconde guerre mondiale.
Le retour à la capitalisation a été préconisé par les économistes « libéraux » (patronaux) au motif d'une « pyramide des âges » défavorable au sens où le nombre de retraités pensionnés serait devenu trop important par rapport au nombre d’actifs cotisants.
Cette fausse vérité dissimulait la volonté des banques et des assurances de transférer le financement des retraites de la sphère sociale associative (sans but lucratif) à la sphère financière spéculative en perpétuelle recherche de zones « d’investissements ».
Cette même soif de nouveaux territoires a conduit les « marchés » à investir des terrains de plus en plus douteux jusqu'à travailler sur les « créances pourries » qui ont précipité le système dans la crise dont les répercussions seront, comme toujours, amorties par les salariés et les retraités.
Ce qui conduit les épargnants (le PERCO - Plan d’Epargne Retraite COllectif - est un produit d’épargne) à ouvrir les yeux et jette à nouveau et sérieusement le doute sur la viabilité des systèmes par « capitalisation ».
Le PERCO : un outil inégalitaire, insuffisant et aléatoire
Le
PERCO est typiquement un moyen d’épargne individuel, basé sur le volontariat,
s’inscrivant dans la logique de retraite par « capitalisation ».
Ce caractère individuel comporte un gros inconvénient pour les faibles revenus qui ne bénéficient pas de la solidarité entre hauts et bas salaires qui caractérise le système par répartition. De plus, si les pensions ont été diminuées par les lois Balladur et suivantes, les cotisations, elles, n'ont pas baissé.
Aussi les faibles revenus n’ont pas les moyens de financer une retraite individuelle complémentaire en plus de leurs cotisations obligatoires.
(1) :Dans un système de retraite par répartition, les
cotisations, versées par les actifs au titre de l’assurance vieillesse, sont
immédiatement utilisées pour payer les pensions des retraités. Ce système
repose donc sur une forte solidarité entre générations.
(2) :Dans la retraite par capitalisation, la pension est
assurée par une mise en réserve individuelle volontaire sous la forme d’un
capital qui servira de base à une rente viagère. Le futur retraité se constitue
un capital en référence à ses seuls moyens. La solidarité disparaît.
Et même pour ceux qui en ont les moyens, le PERCO pourrait être considéré comme un produit d'épargne qui ne peut prétendre sérieusement se substituer à une pension de retraite digne de ce nom. C'est, au mieux, un revenu d'appoint à condition que les fonds choisis résistent aux crises actuelles et à venir, ce qui est loin d'être garanti.
Le PERCO Air France : un compromis au milieu du gué
C’est dans la précipitation que la direction d’Air France, après avoir hésité et tergiversé, a mis sa formule de PERCO à la signature des organisations syndicales le 27 octobre, ne laissant pas à ces dernières le temps de consulter leurs instances.
D'une structure classique, le PERCO Air France 2008 se caractérise par deux points problématiques :
· Produit d'épargne par définition à long terme, la formule PERCO Air France voit son abondement limité à l'année 2008. En effet, l'avantage du système, l'abondement (somme complémentaire à l'investissement versée par l'employeur) n’est pas proposé pour les années 2009 et suivantes, ce qui limite fortement l’intérêt du système.
· L’abondement est significatif pour les investissements moyens (450€ pour 600€ investis par transfert de la participation ou par versement volontaire), mais reste faible pour ceux qui souhaiteraient (et surtout pourraient) investir dans une formule qui reste fiscalement avantageuse, que la sortie se fasse en « rente » (pension) ou en capital (somme unique versée en fin de contrat).
Habituellement considéré par les employeurs comme un outil de « motivation », le PERCO se présente à Air France comme un outil « one shot », « petit bras » dans lequel l'employeur hésite à s'engager franchement.
La retraite : un droit du salarié à reconquérir pleinement
Pour la CGT, la question de la diminution du ratio retraités/actifs, prétexte à la remise en cause du système par répartition, est un élément d'appréciation nettement insuffisant dans une approche sérieuse du dossier.
En effet, s'il y a plus de « retraités par actifs », il faut noter dans le même temps une augmentation phénoménale de la productivité des actifs qui autorise à elle seule le financement de pensions « par répartition » qui serait parfaitement possible si les salaires étaient augmentés comme ils devraient l'être dans le cadre d’une juste répartition des fruits de la croissance.
Pour ce qui est spécifiquement Air France, les pensions des actuels retraités se sont gravement détériorées ces dernières années et la CGT avec son USRAF (3) revendique une augmentation immédiate de 15 % des pensions.
Nos conclusions sur le PERCO Air France
On peut effectivement considérer qu'un abondement de 450€ pour 600€ investis, dans le cadre d'un placement fiscalement avantageux, apparaisse comme une opportunité à saisir. Sauf que cette formule de retraite par capitalisation comporte deux types de risques - et non des moindres - à gérer :
· Dans le choix du fond d’investissement, dont le critère ne doit pas être exclusivement la performance financière, car plus la recherche de profits est forte plus le risque boursier est important.
· Entre le PERCO lui même et des placements d'épargne plus sécurisés. La prudence conduit à donner la priorité à des placements non aléatoires, même si dans le cadre du PERCO l’abondement sert en pratique d’amortisseur au risque.
Le PERCO relève strictement d’un choix individuel (contrairement au PERE que l’on a tenté de nous imposer il y a 2 ans). Il demeure malgré tout un placement en bourse, dans l’esprit des fonds de pensions spéculatifs.
Nos instances se réuniront prochainement pour élaborer une expression plus détaillée.
(3) : USRAF = Union Syndicale des Retraités d’Air France - Le Dôme - 5 rue de la Haye - BP 10201 - 95703 ROISSY CDG CEDEX - Tél : 01.41.56.04.04 6 Fax : 01.41.56.04.09 - Courriel : usraf.cgt@free.fr - Permanence de l’USRAF/CGT tous les mardis.