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Une charte pour l'encadrement

Des droits pour un nouveau rôle

contributif de l’encadrement


Partout, de France Telecom à Renault, de l’Éducation nationale à La Poste, dans toutes les grandes administrations comme dans les sociétés de services et de sous-traitance, les pressions sur les salaires et l'emploi tuent le travail.

La crise économique et sociale que nous traversons révèle la domination de la rentabilité financière sur les directions des entreprises et des administrations.

Depuis vingt-ans, l'entreprise est mise au profit des financiers et non au service des besoins humains sociaux et économiques. Tous les objectifs sont dirigés vers les profits des actionnaires financiers qui exigent des taux de rentabilité à deux chiffres.

Cette nouvelle donne a profondément changé les méthodes de gouvernance. Elle a modifié complètement la conception même du travail et de son organisation. La valorisation à court terme des sociétés exigée par les marchés financiers se traduit par des baisses des effectifs, des réductions de coûts, des restructurations et toujours plus d'automatisation.

La conquête du pouvoir par les marchés financiers a pour corollaire la mise sous contrôle des managers. Les salaires sont individualisés, les politiques salariales débouchent sur le paiement du poste de travail sans référence aux critères liés à la qualification et aux responsabilités et aggravent la concurrence entre salariés. La course à la performance et à la productivité sont des obstacles à la qualité du travail.

Cette situation interpelle particulièrement le personnel de l'encadrement. La majorité des salariés, notamment des ingénieurs, cadres et techniciens, exprime le besoin de reconnaissance, de leur utilité sociale, de leurs responsabilités et de leurs qualifications.

Ils rejettent le pouvoir abusif, la manipulation, les décisions prises par des directions sans expérience du terrain et du métier, les formes de management sournoises qui conduisent à la soumission ou aux suicides.

Ils revendiquent de participer aux affaires de l'entreprise mais ils sont soumis à des injonctions paradoxales « le profit à court terme ou la porte », alors que leur rôle est d’assurer la pérennité et le développement à long terme de l'entreprise.

En période de crise et de souffrance au travail, il est crucial d'aller à la rencontre de l'encadrement. Les cadres n'en peuvent plus d'être la caution d'un système qu'ils déplorent !

L’encadrement réclame des droits généraux, comme l'exigence de bons salaires, la sécurité d'emploi, de bonnes conditions de travail, le respect des temps de repos, la reconnaissance des qualifications et des responsabilités dans leur travail.

De plus, au fur et à mesure que la crise dévoile le pouvoir des financiers dans les nouvelles organisations de travail, de nouvelles capacités à revendiquer progressent considérablement dans l'ensemble du salariat, y compris chez les cadres.

Les cadres n’ont pas envie de se laisser enfermer dans le discours dominateur et aliénant des financiers. Loin du prêt à penser de l'époque, l'encadrement est en capacité de résister, de travailler le sens et le contenu du travail, d'intervenir dans les choix stratégiques des entreprises, d'adapter des conduites qui s'avèrent des transgressions aux directives financières...

C’est le rôle de cette charte. Cette charte est un projet, son objectif est d’être mise en débat. Elle est conçue comme un outil pour aider les cadres à sortir de l’isolement, à libérer la parole, leur donner confiance.

Le dialogue permet de prendre conscience qu’ailleurs, d’autres salariés sont dans les mêmes difficultés qu’eux, qu’ils ne sont pas seuls à vivre la même expérience d’un management porteur de danger pour la santé des salariés et d’une organisation du travail qui individualise, classe les salariés, pousse à la surcharge et à la destruction.

Il est temps de sortir de ce mode de management ! La charte de l’encadrement vise à dégager des positions revendicatives, à redéfinir le rôle et la place de l’encadrement dans le travail leur conférant des droits pour développer la dimension collective du travail, en lien avec les règles du métier et non celles des actionnaires, dans une perspective de développement durable et socialement responsable.

Un des axes revendicatifs majeurs de l'Ugict-CGT est de construire un management alternatif socialement responsable qui replace le travail et l’humain au centre des organisations et des entreprises.

Les cadres représentent un fort potentiel de syndicalisation. C'est un enjeu majeur pour la CGT ! L’Ugict-CGT propose de rendre possible et visible un autre management. Cette question ne se résoudra pas toute seule, mais en discutant de ce projet de charte de l’encadrement avec vos groupes, elle pourra beaucoup progresser.

Mireille Gueye

 Membre du Bureau de l'UGICT CGT