1952
1910
Les évènements
En mai 1967, des ouvriers du bâtiment de Guadeloupe mènent une grève pour obtenir une augmentation de salaire et la parité en matière de droits sociaux[1].
Déjà dans la matinée du 26 mai, des gendarmes mobiles auraient tiré sur des manifestation violentes de grévistes, faisant plusieurs blessés[2]. Vers midi, une foule est rassemblée devant la Chambre de Commerce, à Pointe-à-Pitre et attend pendant que se déroulent des négociations entre organisations syndicales et représentants du patronat. Finalement les négociations sont rompues et un bruit court : le représentant du patronat, M. Brizzard, aurait dit : « Quand les nègres auront faim, ils reprendront le travail ! ».
Les affrontements commencent à coup de grenades lacrymogènes contre conques de Lambi. Les forces de l'ordre chargent, apparemment pour permettre la sortie des négociateurs, et finalement ouvrent le feu, sur ordre du préfet, provoquant notamment la mort de Jacques Nestor, militant du Groupe d’Organisation Nationale de la Guadeloupe (GONG). Selon les autorités, les gendarmes mobiles, après que quelques coups de feu aient été tirés sur eux, devaient riposter pour se dégager [3]. Un certain nombre d'autres Guadeloupéens seront tués durant les 3 jours d'émeutes et/ou de répression qui s'ensuivent.
Un bilan imprécis
L'imprécision sur le nombre des victimes, paradoxale dans un département français doté d'un état civil, serait due, selon ceux qui contestent le bilan officiel de 7 ou 8 morts, au classement "secret défense" jusqu'en 2017, des documents de l'époque[4], à la peur des représailles ressenties par les familles[5] et à la destruction d'archives municipales et hospitalières[6].
Sept noms de victimes sont cités, Jacques Nestor - Zadig Gougougnam - Pincemaille - Camille Taret - Gildas Landrée[7], Tidace et Fengarol [8]
Par ailleurs, plus de 30 gendarmes et membres des Compagnies républicaines de sécurité auraient été blessés[7].
Les récits évoquent également la présence des képis rouges qui sont en fait les Gendarmes mobiles[9].
Certaines sources évoquent un bilan admis en 1985 par le secrétaire d'état chargé des DOM-TOM, Georges Lemoine, de 87 morts[5] [10].
La députée Christiane Taubira évoque "100 morts"[11].
Dans l'émission de France Inter, Rendez-vous avec X, du samedi 7 mars 2009, Patrick Pesnot et son invité, estiment que le bilan de 87 morts est probable et émettent l'hypothèse d'une responsabilité de Jacques Foccart[12].
L'historien Jean-Pierre Sainton[13] auteur de " Mé 67 ", Mémoire d’un événement et interwievé dans l'émission de France2 Complément d'enquête du 9 mars 2009[14], fait un bilan de plusieurs dizaines de morts, par recoupements des témoignages. Il montre en outre un télégramme, envoyé par la préfecture au moment des évènements, admettant la possibilité de victimes non déclarées en sus de 7 victimes certaines. Cette même émission révèle que l'enregistrement des déclarations de Georges Lemoine sur RFO Guadeloupe a disparu, mais que ce dernier confirme toujours un bilan de 87 morts.
Les personnalités citées [modifier]
* Christian Fouchet, ministre de l'Intérieur, ancien Français libre
* Pierre Messmer, ministre des Armées, Compagnon de la Libération
* Pierre Billotte, ministre d’État chargé des départements et territoires d’Outre-Mer, Compagnon de la Libération
* Pierre Bolotte, préfet de la Guadeloupe (parfois confondu avec Pierre Billotte)
* Robert Quilichini, Commandant supérieur interarmées du groupe Antilles-Guyane, Compagnon de la Libération
Références
1. Source : Les Vosges Matin [archive]
2. Mé 67 page 78
3. Mé 67 page 117
4. http://www.atout-guadeloupe.com/Emeutes-du-25-26-27-mai-1967-en-Guadeloupe_a776.html [archive]
5. a b http://www.bakchich.info/La-Guadeloupe-n-a-pas-oublie-les.html [archive]
6. http://www.domactu.com/actualite/89102321943751/guadeloupe-justice-pour-les-victimes-de-mai-67/ [archive]
7. a b http://ugtg.org/article_430.html [archive]
8. Mé 67 pages 103 et 105
9. Un royaume antillais page 201
10. Mé 67 page 106
11. http://www.dailymotion.com/video/x8fqmk_parlons-net-recoit-christiane-taubi_news [archive]
12. http://www.radiofrance.fr/franceinter/em/rendezvousavecx/index.phpid=75841 [archive]
13. http://www.uag-histoire.com/fr/enseignants/17 [archive]
14. http://info.france2.fr/complement-denquete/emissions/51821396-fr.php [archive]
Biliographie
* Un royaume antillais: d'histoires et de rêves et de peuples mêlés, Jacques Le Cornec, L'Harmattan, 2005
* Mé 67, Raymond Gama et Jean Pierre Sainton, Société guadeloupéenne d'édition et de diffusion, 1985

14 Février 1952
La grève des ouvriers noyée dans le sang
En février 1952 a lieu le mouvement revendicatif le plus important qui ait impliqué petits planteurs et colons dans toute la Guadeloupe depuis les grèves de 1910 [1].
Le mouvement démarre au mois de novembre 1951 dans le nord Grande-Terre :
Les revendications portent au départ sur la rémunération de la journée de travail et sur l’allègement des tâches sur les champs des usiniers békés.
Elles s’élargissent rapidement à la demande d’un meilleur prix de la tonne de canne.
En janvier 1952, les ouvriers et cultivateurs mobilisés trouvent le soutien des fonctionnaires qui réclament la revalorisation de leurs salaires.
Un appel à la grève générale illimitée est lancée sur toutes les habitations-plantations.
La mobilisation enfle et à Capesterre, Ste Rose, Anse Bertrand..., les débrayages se multiplient...
Le 11 février 1952, les CRS prennent position et occupent la ville : la boucherie est alors soigneusement programmée et organisée, de concert avec les usiniers békés.
Le 14 février 1952, un barrage est érigé à l’entrée du boulevard Rougé pour empêcher l’accès de l’usine Gardel aux charrettes à cannes.
Les militaires français (CRS) qui occupaient la ville depuis trois jours tirent alors sur la foule ; tuant 4 Guadeloupéens (CONSTANCE DULAC , CAPITOLIN JUSTINIEN , EDOUARD DERNON et FRANCOIS SERDOT) et en blessant 14.
"Des victimes qui pour certaines n’avaient pas de liens avec le conflit. Des curieux, de simples passants..."
Chaque année des manifestations commémoratives (du massacre et de la mémoire des victimes) sont organisées par des organisations syndicales et politiques de Guadeloupe. [2]
[1] Première grève générale en Guadeloupe regroupant diverses catégories de travailleurs agricoles : ouvriers, colons, petits planteurs... : la répression fera 1 mort et plusieurs bléssés.
[2] Le 14 février 2007, RFO Télé Guadeloupe, dans son édition du soir, ne dira pas un mot des commémorations organisées en mémoire de cette boucherie...
Et pour cause : un long reportage était consacré à glorifier la vie, le parcours et l’oeuvre ... d’Amédée Hugues-Despointes, béké industriel de la canne à sucre et de l’import-export.

Les grèves de février et mars 1910
Entre 1903 et 1910 la paix sociale règne sur la Guadeloupe. Au nom de l’Entente Capital-Travail, Ouvriers (agricoles & industriels) et Petits planteurs doivent subir la chute de leurs maigres revenus. Pourtant, les tensions sociales et les résistances au travail sont nombreuses : absentéisme, incendies au moment de la coupe... De février à mars 1910, plusieurs mouvements revendicatifs éclatent.
Le 15 février 1910, les ouvriers agricoles de la Grande-terre se mettent en grève. Leur mouvement débouche sur les accords de Pointe à Pitre le 22 février 1910.
Du 27 février au 5 mars, un conflit se déclenche dans la région de Capesterre, qui se conclue par un accord entre patrons usiniers et petis planteurs.
Abymes - Mardi 15 février 1910 : déclenchement de la grève dans les habitations dépendant de l’usine Darboussier.
Les ouvriers des habitations Bois Vynière cessent le travail ; très vite, ils sont rejoints par ceux des habitations voisines.
Au directeur de la SIA PAP (société à capitaux français propriétaire des usines Darboussier Retraite et un grand nombre d’habitations dans la région des Abymes), ils réclament une augmentation de salaire de 2 francs pour les hommes, de 1.50 Fr. pour les femmes, et de 1.25 pour les enfants.
Dans la journée du jeudi 17, LAURENT, directeur de Darboussier se rend sur les habitations pour y rencontrer les grévistes. Il repousse les revendications des travailleurs.
A partir samedi 19, le mouvement commence à s’étendre à d’autres habitations des Abymes ; puis dans la semaine du lundi 21 février il embrase toute la Grande-Terre.
Elle prend la forme de rassemblements de travailleurs sur les habitations et autour des usines, en particulier celles de Blanchet et de Duval.
Dans l’après-midi du lundi 21, les grévistes investissent l’usine Blanchet et séquestrent le directeur. A Beauport, le directeur, lui aussi séquestré par les petits planteurs doit s’engager à augmenter le prix de la tonne de canne en la faisant passer de 11.50 Francs à 19.50 Frs.
Mardi 22 février, plusieurs centaines douvriers partis des Abymes marchent sur Darboussier où les attend GAUTRET, gouverneur de la colonie ; les directeurs de l’usine ayant préféré se réfugier en lieu sûr. Après avoir lancé un appel au calme il s’engage à ouvrir sur le champ des négociations avec les représentants de Darboussier.
Suivant le cortège du gouverneur, la foule se dirige vers l’Hôtel du Gouvernement où doivent se dérouler les négociations.
Entamées à la fin de la matinée, les négociations laborieuses aboutissent à 17H00 à la signature d’un accord faisant droit aux revendications des ouvriers : le travail à la tâche est supprimé ; les augmentations de salaires acceptées telles que proposées par les grévistes. La liesse qui s’en suit fait oublier que cet accord n’est valable que pour la durée de la présente récolte.
Pourtant, au moment même où sont conclus les accords de Pointe à Pitre, à l’usine Sainte-Marthe de Saint-François, les frères PAUWERT choisissent volontairement la violence.
La fusillade de Sainte-Marthe
>Ce même mardi 22, à l’usine Sainte-Marthe, on attend les grévistes de pied ferme. La rumeur veut qu’une bande formée dans la matinée et parcourant la campagne soit composée d’individus excités, armés de coutelas et d’armes à feu. Aux 3 gendarmes qui protègent l’usine, vient se joindre une partie du personnel de maîtrise . Elle est armée.
Les grévistes arrivent devant l’usine aux grilles et portes fermées. Un gendarme fait feu ; une salve ininterrompue suit le premier tir. Bilan de la tuerie froidement exécutée : 3 morts, six blessés.
Les frères PAUWERT jubilent : L’usine Sainte-Marthe ne s’arrêtera pas. Et pour faire faire bonne mesure, la Fédération des Elus Socialistes de Guadeloupe lance un appel aux grévistes intitulé :"Continuez, s’il le faut, la grève, mais trêve aux excès".
Dédouanant ainsi les frères PAUWERT pour la boucherie à la laquelle ils ont fait procéder et pris part ; et préférant s’en prendre aux grévistes "ivres de haine et de rhum bu à Gentilly et à Courcelles".
Des ouvriers désarmés, abattus comme des chiens.
L’extension de la grève à Capesterre
Entre le mardi 22 février et le jeudi 3 mars 1910, le mouvement s’étend : Marie-Galante, le Nord de la Guadeloupe proprement-dite (Lamentin, Sainte-Rose) puis Capesterre sont touchés. Deux questions restées sans réponse favorisent l’extension du mouvement :
o La rémunération des ouvriers autres que les coupeurs et surtout celle des petits planteurs ;
o L’extension aux autres coupeurs de canne des augmentations décidées le 22 février à Pointe à Pitre.
A Capesterre, le 28 février, les ouvriers dépendant de l’usine Marquisat cessent le travail et réclament l’alignement de leurs salaires sur ceux de leurs camarades de Pointe à Pitre .
Le lendemain, une foule de plus d’un millier de manifestants se rend à l’usine "Les Mineurs" pour obtenir du directeur, MEYNARD, des négociations. Furieuse de constater son absence, des manifestants pillent les magasins de l’usine et la maison de propriétaire. La maréchaussée n’intervient pas.
Le samedi 5 mars, des négociations s’ouvrent en présence du préfet et du directeur de la Banque de la Guadeloupe. Un accord semble trouvé entre représentants des planteurs, ceux des ouvriers et les usiniers.
Le mercredi 9, le préfet tout en assurant à sa hiérarchie que le calme est revenu et que le "travail a repris sur toute la Guadeloupe", fait venir une centaine d’hommes de troupe de la Martinique.
Ce renforcement militaire est suivi d’une vague d’arrestations de prétendus meneurs. L’une d’entre elles sera à l’origine d’une violente échauffourée.
Vendredi 18 mars : Les habitants de Carangaise se pressent devant la gendarmerie de Capesterre pour réclamer la libération de leur conseiller municipal, BALON, arrêté pour sa participation à la grève.
La riposte est immédiate : la troupe de militaires ouvre le feu. On relèvera 1 mort et 6 blessés.
L’heure est à la répression, froide, implacable, meurtrière.