Les femmes indiennes qui luttent pour les droits des femmes
Elles sévissent dans l'état d'Uttar Pradesh au nord de l'Inde. Elles ont choisi le rose comme emblème de leur combat et peuvent compter dans leurs rangs, plusieurs centaines de militantes.
Elles sont armées de lathi - les bâtons traditionnels - qui servent à battre les hommes qui ont abusé de leurs épouses ou les ont abandonnées, et aussi à tabasser les policiers qui ont refusé d'enregistrer des plaintes pour viol.
Le groupe, qui s'est formé il y a deux ans, malgré que ses membres soient issus des plus basses castes de la société indienne, est même parvenu à dénoncer les malversations des politiciens corrompus.
Depuis sa création, le Pink Gang,
comme elles s'appellent, a été frappé par une série d'accusations criminelles,
mais elles tiennent bon et résistent aux menaces.
« Personne ne vient à
notre aide dans cette région » dit Sampat Pal Devi, 47 ans, la fondatrice du
groupe, qui donne aux autres femmes des leçons de combat.
« La police et les
fonctionnaires sont tellement corrompus et anti-pauvres, que nous devons nous
même faire appliquer la loi. À d'autres moments, nous couvrons de honte ceux qui
se comportent mal.
« Mais nous ne sommes pas un gang dans le sens habituel
du terme. Nous sommes un gang pour la justice. Nous portons le rose car c'est la
couleur de la vie. »
Le Pink Gang est basé dans la zone de Banda, une
des parties les plus pauvres d'Uttar Pradesh, et les femmes gagnent peu à peu le
respect des fonctionnaires locaux réticents.
Plus de 20% de la
population de Banda, sont « intouchables » la castes la plus basse. Les femmes
sont les premières victimes de la pauvreté et de la discrimination dans une
société féodale dominée par les hommes et soumise aux caste supérieures.
Presque toutes les Pink justicières vivent dans des huttes de boue et de
brique, sans eau courante, sans électricité, et survivent avec moins de 50 pence
(0,75 euro) par jour.
Aarti DeviAarti Devi, agée de 25 ans, nous dit : « Toute seule je n'ai aucun
droit mais ensemble, en tant que groupe de Gulabi, nous avons de la puissance. »
« Quand je vais chercher l'eau, les gens des castes supérieures me battent,
me disent que je n'ai pas le droit de boire la même eau qu'eux. Mais quand nous
sommes en bande, ils nous craignent et nous laissent tranquilles. »
« Il y a six mois, une femme a été
violée et nous sommes allées avec elle au commissariat de police. Au début, les
chefs ont refusé de prendre la plainte, mais ensemble, nous avons pu forcer la
police à agir.
Nous avons traîné l'officier de police hors du commissariat
et nous l'avons battu avec nos bâtons. »
Le gang reçoit de plus en plus
l'appui des hommes. « Mon père est un membre de la bande de Gulabi, » dit Aarti.
« Nous ne sommes pas contre les hommes. Nous sommes pour l'égalité des
droits pour tout le monde et contre ceux qui la refusent. »
Sampat, une mère de cinq enfants,
mariée à neuf ans, est devenue une célébrité locale.
Intensément fière de
son travail, elle dit : « Nous avons empêché que les femmes soient violées et
nous avons envoyé les filles à l'école. La violence contre des femmes et le viol
sont très communs ici, aussi, nous essayons de les éduquer pour qu'elles
connaissent leurs droits.
« Dans les cas de violence domestique, nous
allons parler au mari pour lui expliquer qu'il a tort. S'il refuse d'écouter,
nous faisons sortir la femme et alors nous le battons. Au besoin, nous le
battons en public pour l'embarrasser.
Les hommes ont l'habitude de croire
que les lois ne s'appliquent pas à eux, mais nous faisons le forcing pour que ça
change totalement. »
L'année dernière, après avoir reçu des plaintes
parce qu'un magasin d'état ne donnait pas la nourriture qu'il était sensé
distribuer gratuitement aux pauvres, le gang a commencé à surveiller le
propriétaire et son fils.
Une nuit, on a vu deux camions chargés de grain sur
le chemin du marché, où le propriétaire du magasin prévoyait de le vendre et
d'empocher les bénéfices.
Le Pink Gang a fait pression sur l'administration
locale pour qu'elle saisisse le grain et s'est assuré ainsi que le grain soit
correctement distribué.
Source : dailymail.co.uk
Le 19 janvier
2008
Traduction RadioAirLibre 3-2-08
Des justicières en sari
Neeta Lal
Face à l'inaction des autorités et à la violence quotidienne qu'elles subissent, des femmes prennent les armes et leur destin en main. Le site d'informations Asia Sentinel, basé à Hong Kong, a rencontré ces "Robin des Bois" d'un autre genre.
Sampat Pal
Devi
Le district de Banda, dans l'Etat de l'Uttar Pradesh [dans le nord du
pays], l'un des moins développés de l'Inde, défraye la chronique.
C'est dans cette région du nord que sévit le Pink Gang [le gang rose], un groupe de 200 femmes qui se présentent comme les héritières de Robin des Bois. N'hésitant pas à répondre à la violence par la violence, ces redresseuses de torts punissent les assassinats d'épouses dont se rendent coupables certaines belles-mères, les sévices conjugaux, voire la corruption ou l'incapacité des élus.
Ces femmes exubérantes et
intrépides, reconnaissables à leurs saris roses, sont les ennemies jurées des
maris violents et des fonctionnaires incompétents. Ayant personnellement subi
des sévices sexuels, elles traquent les violeurs et les époux indignes, font la
morale aux malfaiteurs et envahissent les postes de police pour réprimander les
agents qui ne font pas leur travail.
Créé en 2006 par Sampat Pal Devi,
une femme de 45 ans mariée de force à l'âge de 9 ans et devenue mère quatre ans
après, ce groupe agit comme une bande de justicières dans la zone de non-droit
qu'est Banda.
"Personne ne vient à notre secours,
ici. Les fonctionnaires et la police sont corrompus et hostiles aux pauvres.
Aussi sommes-nous parfois obligées de faire respecter la loi par nous-mêmes.
Nous sommes une bande de justicières, pas un gang", a récemment déclaré la
fondatrice du Pink Gang. Excédée par la corruption du système et les
discriminations sociales dont se rendent coupables les autorités [notamment à
l'égard des femmes, des basses castes et des intouchables], Sampat Pal Devi a
décidé de passer à l'acte en apprenant que sa soeur avait été traînée par les
cheveux dans la cour de sa maison par son mari alcoolique.
Souhaitant
"donner une leçon aux hommes fautifs", elle a rassemblé des femmes de son
quartier ; le groupe, armé de bâtons, de barres de fer et d'une batte de
cricket, est allé trouver le beau-frère, l'a pourchassé jusque dans un champ de
canne à sucre et roué de coups.
Certaines actions sont couronnées
de succès. Ainsi, le groupe a réussi à restituer à leurs maris respectifs onze
filles qui avaient été jetées dehors par leur belle-mère en raison de leurs dots
insuffisantes.
De façon générale, les indicateurs de développement
humain du district sont évidemment très médiocres. Le taux d'alphabétisation
féminin plafonne à 23,9 %, contre 50,4 % pour les hommes ; le ratio
hommes/femmes est de 846 femmes pour 1 000 hommes, alors que la moyenne de
l'Etat est de 879 [et qu'au niveau international le rapport est inversé : 105
filles pour 100 garçons].
Et, si la violence conjugale fait
des ravages, l'arriération des femmes est encore renforcée par le poids du
système de castes.
Mais le Pink Gang s'en prend aussi bien aux maris qui
brutalisent leur femme parce qu'elle ne réussit pas à leur donner un fils qu'aux
fonctionnaires qui s'enrichissent en vendant au marché noir des céréales
subventionnées par l'Etat et normalement destinées aux plus pauvres.
Alors que les ressources naturelles
du district pourraient normalement assurer des moyens de subsistance à tous les
habitants, elles sont pillées par un petit nombre d'entre eux en toute impunité
parce que les autorités locales ferment les yeux sur ces agissements. Dans
certains villages, les paysans ne sont même pas payés et ne reçoivent qu'un kilo
de céréales par journée de travail. Et le nombre de travailleurs réduits en
esclavage reste très important.
Apprendre à se battre
Selon certains sociologues, le seul espoir pour toute une
frange de la population spoliée et méprisée réside dans des mouvements
collectifs comme le Pink Gang.
Même si le groupe n'a pas de bureau, ses membres se réunissent régulièrement chez sa fondatrice pour discuter des cas à traiter et de la stratégie à adopter.
L'apparition d'une milice de femmes dans le district de Banda est le symptôme des graves problèmes sociaux qui traversent la société indienne. "Lorsque les élus refusent de répondre aux demandes des citoyens ordinaires", observe Prerna Purohit, un sociologue de New Delhi, "ces derniers n'ont pas d'autre choix que de prendre les choses en main par eux-mêmes.
C'est un coup de semonce pour le gouvernement de la plus grande démocratie du monde."
Neeta Lal
Asia Sentinel
Le courrier international
1er février 2008