Au revoir camarade !

Exceptionnellement les syndiqués CGT et UGICT/CGT ont tenu à ce que notre camarade Lionel, qui a marqué notre section syndicale de sa sagesse et de sa disponibilité au service de tous, distribue sa dernière prose avant de partir vers d’autres occupations.
Sa gentillesse, sa droiture et son intégrité lui ont valu de se retrouver au poste d’animation de la section
Syndicale, et ce malgré l’accent (qu’il commence tout juste à perdre après toutes ces années) .
Tache difficile pendant laquelle, des batailles ont été menées pour la pérennité du CIT !
La bataille pour traiter l’A320 au CIT, pour refuser le projet d’alliance avec « feu la SOGERMA » pour ne parler que des plus importantes.
Mais laissons-lui la plume………
Comment vous dire…
J’avais imaginé d’amener mon petit appareil photo numérique afin de fixer une dernière fois l’ambiance d’une journée de travail ordinaire, avec quelques portraits, des scènes et des avions en toile de fond. Puis je me suis dis : à quoi bon. Mais j’ai quand même mis les deux piles de l’appareil à charger au cas je me déciderais.
Se décider ! Ca m’a pris il y a déjà plusieurs années ; Comme pas mal de jeunes pour qui 1968 demeurait un événement à digérer, dès que je suis entré dans le monde du travail, j’ai eu besoin de connaître quels étaient les rouages de l’entreprise, comment cette grosse machine fonctionnait, était structurée, qui intervenait, sur quelles orientations et dans quels buts, quelles étaient les conséquences sur mes conditions de travail et celles des gens qui, peut-être, comme moi, étaient en quête de réponses.
Qui étaient-ils ces gens ? Il y en avait quelques uns, hommes et femmes, pour qui attendre les réponses se révélait être illusoire. Ils et elles se réunissaient souvent et échangeaient sur la manière la plus efficace de faire avancer le chmilblick.
Je me suis décidé, me suis approché, ai écouté. Ce n’était pas des pestiférés que j’avais en face de moi, cependant j’ai tout de même attrapé le virus, celui du syndicalisme façon CGT et il ne m’a pas quitté.
Je peux témoigner que c’est une authentique école de la vie, faite de relations humaines, d’amitiés, parfois de doute et de motivation en berne - nous sommes des être humains à sentiments variables - mais jamais au point de lâcher le morceau.
On ne va quand même pas leur faire ce cadeau, ils seraient trop contents qu’il n’y ait plus de forces organisées, que les élus plient les gaules et la ferment, que les salariés ne puissent plus se réunir sur leur temps de travail et discuter, débattre. Ils pourraient nous en faire baver encore davantage… Alors on résiste, on reforme le carré (la cocotte au rugby) et on se remet dans le sens de la marche : que ceux et celles qui pensent que c’est la bonne façon de se conduire nous suivent et poussent jusqu’à l’en-but.
En définitive, voilà la seule recette que j’aimerais vous transmettre. Tout un chacun possède les ingrédients pour la réussir. Nul besoin de sortir de l’E.N.A. Il suffit de savoir d’où l’on vient pour décider où l’on veut aller : choisir son camp en quelque sorte, et le défendre bec et ongles. Car la vie est ainsi faite qu’elle est parsemée de luttes que l’on gagne ou que l’on perd. Cela ne vaut, bien entendu, que pour les gens qui n’ont pas eu la chance de naître avec une petite cuillère en or dans la bouche.
L’important est de se donner les moyens, personnellement et collectivement, d’être à l’initiative et de progresser, ne pas s’en laisser compter, d’oser mettre le nez dans les affaires, dans la gestion de l’entreprise, d’intervenir en privilégiant les intérêts collectifs des salariés plutôt que ceux des patrons, les tenants du pouvoir économique. Cela se nomme « lutte de classe » paraît-il !
Contester avec arguments à l’appui, porter les aspirations du plus grand nombre des collègues, dans l’unité autant que faire se peut et dans le respect des différents interlocuteurs, étant entendu que ce n’est pas la personne humaine que l’on attaque mais les orientations économiques, les choix qui ont des conséquences sociales néfastes sur les salariés : c’est bien là le rôle du syndicalisme tel que je le conçois et que la CGT essaie de faire vivre.
Que de beaux discours, me direz-vous, que l’on pourrait graver dans le marbre des idéaux déçus! Peut-être… Chacun détient sa part de vérité, possède sa façon de voir, sa liberté de penser (et pourvu que cette liberté fondamentale soit préservée et garantie…).
Il est arrivé que le doute s’installe, on a l’impression de faire du sur place, de lutter pour perdre moins que pour gagner plus. La tâche s’avère être parfois ingrate, les collègues sont apathiques et résignés, l’individualisme crève tout … Certes. Douter est parfois nécessaire, permet de ne pas s’enfermer dans des certitudes et conduit parfois à de salutaires remises en cause. Mais quand même…Maintenons le cap. Ensemble.
Dans ces moments là, les visages souriants des militants rassembleurs trop tôt disparus réapparaissent, Claude Murgo, Jean-Pierre Boyer, …lesquels ont su me prodiguer conseils et m’épauler lorsque les clés de la cabane CGT m’ont été confiées pendant onze années à Montaudran.
L’essentiel pour moi est de me souvenir des prénoms de chacun des 500 salariés du CIT, de mesurer ce qui les préoccupe, de demander au collègue de ses nouvelles, de rigoler de concert sur des futilités ou de s’émouvoir, se prendre le choux ou s’empailler.
Je me satisfais aussi d’appliquer une fraternelle tape dans le dos du pote, de déceler ce qu’il pense de tel ou tel sujet, de recueillir ses doléances, de les traduire en revendications au plus juste et redescendre de la réunion mensuelle des délégués avec, si possible, des réponses positives à donner, le convaincre qu’adhérer ce n’est pas prendre une assurance-vie, c’est de la convivialité et des valeurs partagées, bien souvent autour du verre de l’amitié, n’en déplaise aux puritains de tous poils qui nous obligeraient à ne boire que de l’eau, plate et sans saveur, adeptes du CAC 40 de la mère parisot, et qui nous vendraient sans vergogne l’effigie du nain sectaire.
Enfin, je suis heureux que ma section syndicale se soit rajeunie et fonctionne sous l’impulsion joyeuse et dynamique d’Erick. Maintenir en état de marche l’outil syndical CGT tel que le veulent les syndiqués et les salariés du CIT qui nous font confiance, c’est comme veiller à la prunelle de ses yeux. Les aveugles ont toujours tort.
Aujourd’hui, je tire ma révérence, je vous dis au revoir. Vous aurez l’occasion de me croiser lorsque je viendrais de temps en temps roder aux alentours.
Sachez que je viens d’être kidnappé par le gang des papis aux tempes blanches, les Bonnefous, Coste et Bourdel, les Bertrand Roger, Dannenberger et autres Jacques Passerat et j ‘en oublie…des dizaines. L’éventail va du hargneux au jésuite, en passant par Jean de la lune, Tamalou ou Farnous, illustre personnage, tout droit sorti du creuset made in Claude Mesplède qui, j’en suis sûr, vous envoie un grand bonjour et se souvient avec émotion de nous tous, gens de bonne compagnie, avec lesquels les liens ne se sont pas dénoués et qui demeurent épris de justice et de liberté.
… au revoir.
Lionel STRAT, syndiqué CGT ou UGICT/CGT